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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/134

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PARTENZA…

rités pesantes des cellules glacées comme des tombeaux…

Mais ils ont fait aux splendeurs du ciel napolitain, ces moines, un cadre incomparable dans les jardins de leur cloître. Le soleil paresseux s’attarde sur les marbres éclatants élevés en portiques neigeux, dore les balustrades délicates et légères qui contiennent, dans les parterres, l’effervescence des feuillages : lauriers-roses, jasmins, lavandes, géraniums, dont les parfums se mêlaient d’encens aux grands jours de fête. Les roses des lauriers, avec la grâce charmante d’une vision antique, éclataient lumineuses près des géraniums fleuris de sang dans les touffes de verdures. Mais pour que les yeux ne s’oublient aux langueurs profanes des fleurs délicieuses, parmi les jardins enchanteurs, des crânes flanqués de tibias en croix se détachent comme de blancs ossements ciselés dans les balustres, à même le marbre, entre les ornements, les rinceaux, les capricieuses fantaisies et les riches fioritures ; les bouches sans lèvres grimacent et ricanent, les orbites décharnées s’ouvrent hideuses et méchantes en œillades vides qui font signe à la Mort…

Malgré cela, à cause de cela peut-être, à cause de la joie de vivre auprès de cette perpétuelle menace du néant, ce jardin éveille des impressions exquises, et je ne crois pas qu’il soit possible d’ajouter, à tant de virtuosité, dans le calme, la magnificence et le charme ; cet enlisement qui veut prendre l’âme seule, me paraît, à moi, frôler en même temps et caresser le