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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/123

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PARTENZA…

lumières les dalles de verre qui, au milieu de la rotonde de marbres neufs et d’onyx tapageurs, remplacent les pavés de granit de la Galerie Umberto. Par un escalier de crypte aux murs glacés sous le givre qu’y dépose l’électricité, j’arrive à la porte banale, velours grenat et clous dorés, entre-bâillée sur la salle de ce bizarre concert souterrain ; à travers un brouillard de fumées épaisses, une chanteuse en oripeaux rouges ; les bruits de bocks s’entre-choquent ; les hurlements des cuivres couvrent des paroles qui semblent expirer entre les lèvres maquillées de la dame ; quelque ignoble refrain de beuglant, rauque et voyou, tombant sur les charmes extravasés du corsage écarlate ; une pantomime de chairs trop rouges et trop blanches, lourdes et sans tenue, qui se débattent en des gestes obscènes… La fumée tout d’un coup agite ses remous empâtés sur le tumulte des applaudissements : la dame a fini… non, on la rappelle !…

Dehors, au grand air pur de la nuit, la rue de Rome, già Toledo, est très animée. Une des nefs de la Galerie Umberto s’ouvre sur elle, inondant de ses flots d’électricité des groupes compacts pressés de lire à ses clartés les derniers journaux du soir annoncés par les petits crieurs importuns qui vendent aussi des allumettes et tout ce que l’on veut, au hasard de l’occasion.

Un individu me frôle, profil louche d’homme d’affaires véreuses, visage glabre patiné d’un poli froid et gluant ; il m’envoie dans un murmure inintelligible une haleine qui sent la marée ; ses yeux noirs et perçants clignotent, caressants et tentateurs. J’ai deviné