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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/117

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PARTENZA…

pas soupçonner tout entière, où quelque chose a l’air de se débattre dans les râles…

Ce cône qui d’en bas paraît si tranquille, si apaisé dans son panache de fumée, est un monde colossal agité de mouvements dont la grandeur dépasse presque notre compréhension… Je me baisse pour recueillir un peu de cendre au bord extrême du cratère taraudé devant moi, entonnoir formidable à l’issue étranglée vers le brasier dont les flammes, en le temps d’un éclair, ne laisseraient rien du misérable qui, poussé par les rafales, roulerait avec elles dans ce gouffre noir où elles s’effondrent et remontent aussitôt en tournoyant, en hurlant d’épouvante.

Je descends, fuyant la solitude de ce lieu de vertige et d’exaspération où je viens d’avoir la notion exacte du néant que je ne puis imaginer absolu, mais décomposé en ce délire inexprimable, en cette inexprimable dissolution dans un choc effroyable de l’àir, de la terre et du feu…

Même un peu plus bas le vent est encore terrible et la fumée toujours envahissante. J’enfonce dans les cendres vierges, unies comme une plage que vient de balayer la mer ; seulement je n’ai plus devant les yeux l’horreur de ce trou sans limites apparentes, et il me semble, comme au réveil après un cauchemar, que je suis délivré d’un grand poids…

Nos petits chevaux nous attendaient en bas, où l’air est reposé ; et les grands yeux noirs d’Agostino regardent, interrogent ; son visage se fait régulier, presque joli dans le sourire de tous ses traits ; il veut

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