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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/79

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dans un épanouissement de fraîches ardeurs, l’exquise sensibilité de l’artiste.

— Imbécile !

Dans un crissement de freins bloqués et l’interjection furibonde d’une petite personne outrée, une auto a failli me culbuter. Le pare-choc a rasé mes jambes. Abasourdi, je n’ai pas bougé d’une semelle. Je n’avais guère eu le temps de m’effrayer et d’entendre les vigoureux avertissements du clakson, que déjà le véhicule était sur moi. Je l’ai échappé belle ! Une seconde d’affolement chez le conducteur et j’étais en bouillie, mais la jeune femme qui tient le volant d’une main sûre, ne doit pas être sujette aux émotions inconsidérées. Avec un sang-froid imperturbable, elle a manœuvré en conséquence… et je me retrouve stupéfait sous le compliment :

— Imbécile !

Mes torts sont si flagrants que je juge inutile de me rebiffer. D’ailleurs, aujourd’hui, je me sens d’une indulgence inexplicable, d’une mansuétude à toute épreuve. Brune, sportive, nerveuse, la conductrice a claqué la portière. D’un bond elle est sur le chemin. Tiens ! la petite personne est décidément grande.

— Mais vous êtes sourd ? Vous n’avez donc pas entendu venir ma voiture ?

Je hausse les épaules.

- Il faut croire que non ! sans cela je me serais garé. Je ne suis point partisan du suicide inélégant.

Elle n’est plus bien fâchée. Elle sourit de toutes ses dents blanches. (Je veux croire qu’elles sont toutes !) Elle m’examine sans complaisance des pieds à la tête. Impertinente, elle sourit.

- Et puis, m’auriez-vous écrasé, Mademoiselle, vous n’auriez guère fait un grand malheur. Je ne suis pas tellement personnage de conséquence. Les muses ne pleure-