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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/77

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qu’elle m'aimait, que je l’aimais. Nous devions nous marier. C’est alors que j’ai appris ma maladie. J’ai offert de rendre sa parole à ma dulcinée qui l’a d’ailleurs acceptée sans difficulté. Jeanne de Kergar ! te rappelleras-tu le nom ? si jamais tu la vois…

— Oh ! je ne la verrai jamais !

- On ne sait pas, fit Luc en sortant une splendide photographie d’un tiroir. Et il continua :

— Si jamais tu rencontres Jeanne de Kergar, ma brune fiancée d’antan, tu lui diras, qu’un jour, j’avais fait un bien joli rêve…

Il me remit le portrait que je serrai dans mon porte-feuille sans oser le contempler. Il m’a enjoint de le garder, toujours, toujours. Je l’ai promis, en maudissant la femme trop belle au nom d’amour qui n’avait pas su aimer.

— Embrasse-moi !

Nous nous sommes étreints fraternellement et je l’ai quitté avec des sanglots dans la gorge.

Il y a juste un mois que Luc est parti, et, désemparé, je tourne et retourne dans mes mains tremblantes une lettre liserée de noir et portant le cachet postal de Paris.

« … ont la douleur de vous faire part du décès subit de Luc Gorman, décédé pieusement au sein de sa famille, dans sa trentième année. »

On avait omis d’ajouter que dans sa chambre, à côté de lui, sur le lit encore chaud des caresses d’une fille de joie (la dernière fille et la dernière joie) on avait trouvé un flacon portant ce simple mot : Poison !

Luc Gorman, décédé pieusement au sein de sa famille…

Priez pour lui !