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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/74

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il faut qu’il soit bien préoccupé pour ne pas le lire sur mon visage aux yeux cernés.

— Allons, taisez-vous !

— Non, mon vieux. Laissez-moi parler. C’est d’ailleurs pour ça que je vous ai fait venir.

Affectueusement, il a pris mes doigts dans ses belles mains froides.

— Il faut que vous guérissiez, Rosmor, pour dire aux autres d’espérer. Quand même ! toujours ! qu’aucun docteur ne saura les desseins et les buts de notre nature, les secrètes réactions de notre mécanisme intérieur. Il y a dans cette nature tant d’effarants paradoxes, tant de cocasses contradictions que la clef de l’énigme échappera toujours à la volonté des hommes, à leur besoin de savoir. Entre elle et notre faible esprit, Dieu, ce vague terme qui identifie l’être suprême, la grande force surhumaine, a dressé un mur éternel contre lequel tous les savants, et les pauvres indiscrets que nous sommes, viendront toujours se casser le nez ! Quelle manie de vouloir tout expliquer par des termes stupides ! Quelle manie de nier l’évidence ! Ah ! la belle blague des toxines et des anti-toxines, la carence d’une technique audacieuse mais vaine ! Ils ne veulent pas admettre les miracles, les lumières du savoir, les projecteurs de la science ! Les ânes ! Des miracles se font. J’en suis sûr. Il y a des guérisons imprévues par le monde des savants. Il se produit des survies que nul n’explique, des résurrections véritables dans des physiologies agonisantes. Alors ?… Il faut leur dire ça, Rosmor, aux compagnons d’infortune. Il faut les réconforter, les encourager. Espérer, quand même, toujours !

— Quand même ! toujours !

Les yeux fermés, avec exaltation, il scande les mots.

— Quand même ! toujours !

Puis, brusquement, il change de ton.