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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/71

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résistent vaillamment, grâce à l’obscur travail du sang qui répudie les diagnostics les plus formels, qui déroute les affirmations les plus catégoriques. Il y a Le Guen, ce révolté farouche, retapé on n’a jamais su trop comment ni pourquoi et qui vient de partir pour les horizons inviolés du Haut-Canada, vers d’autres aventures peut-être plus brutales mais non plus tragiques. Il y a Pipi, ce blagueur féroce, Tartarin de la lande, sentimental comme une gosseline et qui, d’un coup, vient de connaître le succès dans les beuglants de Paris.

Alors, dans la masse des phtisiques, il y en a qui réchappent ? Oui. Les faits sont là, troublants, indéniables. Contre tout espoir, contre tout diagnostic, contre tout bon sens, contre toute raison appuyée par des données médicales, il y en a qui restent debout ! Il y a un jansénisme de la tuberculose. Il suffit d’avoir la grâce… Pourquoi, ne l’aurai-je pas ?

Il y a quelque temps, j’ai passé le conseil de revision. Alors, je me portais à peu près bien. Au major, j’ai présenté mon certificat médical que, par amour-propre professionnel, il a feint de négliger. Mal lui en prit !

— De quel côté avez-vous le pneumothorax ? interroge-t-il avec importance. (Je l’avais à droite.)

— À gauche, fis-je effrontément.

Avec précaution (pour sa personne) il m’ausculte. Puis il déclare, péremptoire :

— En effet, c’est un joli cas. Ce poumon gauche ne respire plus du tout.

— Pardon, ai-je répliqué, à haute et intelligible voix. Vous faites erreur, Monsieur le major, c’est le droit qui est comprimé…

Il y a parmi les officiels, une douce hilarité. Je savoure ma petite méchanceté. Furieux le militaire n’essaie même pas d’ergoter.