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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/60

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Depuis six mois, ce régime de ponctions m’exténue. Je vais de mal en pis.

Je ne mange plus. À peine un dessert de temps à autre. Vraiment, ce médecin-chef a du bon sens. Il faut que je m’en aille… N’est-ce pas, Margot ?

Margot, la nouvelle infirmière, si jeune et si jolie, me sourit.

— C’est vrai, Rosmor, que vous partez demain ?

— Mais oui, ma belle !

Son regard s’assombrit. Au tremblement de sa lèvre inférieure, je devine son trouble et son petit cœur qui se pince. Depuis le jour de son arrivée, elle est mon amie, ma seule et bonne amie.

Oui, demain je m’en vais.

Il y a juste un an que j’entrais dans ce pavillon. C’était en juin aussi. Un soleil radieux et les pavillons coquets noyés dans la verdure. Des ramiers dans les bosquets, des fleurs et des papillons sur la pelouse… L’infirmière vive et menue m’accueille sur le palier. Mon air lui déplut. Mes paroles aussi. Elle a dit que j’étais un goujat. J’ai dit qu’elle était une pimbêche. Chaque soir, elle m’entreprend : mon lit n’est pas bien fait, je trouble les cures. Elle m’épie sans cesse, me tance. Il m’arrive de répondre. Alors elle me signale au médecin traitant qui s’en moque. Peut-être avait-elle des remords, des projets de réconciliation. Lorsque j’eus cet épanchement pleural, elle voulut me bichonner. Il est vrai que c’est une brave petite bonne femme et qu’elle ne boude pas à la besogne. Mais j’adore être seul et tranquille et puis, ma tête qui me fait si mal…

— Mademoiselle, je vous prie de vous occuper un peu plus des autres, un peu moins de moi.

Depuis, j’ai vécu dans l’hostilité sourde des infirmières. Malade insupportable parce qu’indépendant, mauvaise tête, on m’accuse d’ameuter les camarades à chaque incident.