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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/48

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Crac ! un petit bruit de chair qu’on perce. Un deuxième bruit. La plèvre qui cède. Dans ma surexcitation, je n’ai rien senti. Mais l’aiguille n’est pas à l’endroit propice. Le mercure dans les tubes n’oscille pas. D’un trait, le docteur enlève le trocart. Un autre s’enfonce entre mes côtes. Cette fois-ci, ça y est. Le tuyau s’adapte à l’aiguille et sous la pression des bocaux de liquide vert, le gaz pénètre et décolle mon poumon. Je sens de petits craquements intérieurs.

— Respire. Doucement… plus fort !

Aïe ! une douleur lancine entre mes épaules.

— Ça va, conclut le docteur, joyeux.

Alors je le regarde et il me sourit.

Tiens ! il avait chaud lui aussi. Son front est moite. Il y en a et beaucoup qui s’abritent derrière l’impunité professionnelle. Le docteur Darsel est resté homme. J’en étais sûr. Le métier n’a pas défloré sa conscience…

Confiant je me rhabille, malgré mon côté meurtri, mais il me semble que mon dos se voûte et je ne dois pas avoir tort.

— Alors, docteur, ce traitement durera combien de temps ?

Il m’avoue six mois, un an, dix-huit mois peut-être. Qui sait ! mais bah ! près de lui je suis regaillardi. C’est un faiseur d’énergie !

Demain je reviendrai.

Je suis revenu et je commence à me faire aux piqûres et aux petites émotions des circonstances, aux petites misères quotidiennes. « Et surtout, m’a dit le docteur, pas d’imprudence. Repose-toi. » Je ne ferai point d’imprudence, mais je ne me repose guère. J’attends avec impatience que Mimi revienne du bureau. En compagnie de Jeanne et de Francine, bande joyeuse et bruyante, nous nous sommes longuement promenés dans les bois, au bord des Canaux où les boutons d’or et les anémones commencent déjà à se