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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/47

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d’eux ? Un malade intelligent, conscient de ses devoirs, un malade qui « se sait » n’est pas dangereux. Ainsi dirent mes bons amis. D’être considéré au titre d’un malade intelligent me consolait un peu d’être malade. Et allez donc, vanité humaine !… La douce main de Mimi s’arrête tendrement dans mes cheveux, et sous la caresse je me sens défaillir. Sur le seuil de la porte, Lommik sourit paternellement.

Quand le docteur Darsel qui avait pris sur moi un ascendant motivé par son assurance et son intelligente indulgence me hissa sur le billard dur de son cabinet, je n’étais pas très crâne. D’une main, cramponné au rebord, je regardais de tous mes yeux.

— Attends un peu, sans t’énerver, et repose-toi. Je ne suis pas prêt.

Sa blouse blanche, ses manches retroussées, ses bras nus et musclés m’impressionnent. L’émotion me coupe la respiration. Mon cœur me monte à la gorge. L’appareil est là avec ses tubes, ses manomètres, sur un guéridon, entre deux ballons d’azote et d’air. Sur la table, des boîtes ouvertes où brillent des aiguilles stérilisées, de l’éther, de la teinture d’iode dans des flacons.

Minutieusement l’opérateur se lave les mains à l’alcool à 90 degrés. Avec précaution, il choisit un trocart.

— Prépare-toi, et ne regarde pas. Tourne la tête, mon petit !

Je me raidis furieusement, mes nerfs tendus à se rompre. Il a dit que la première piqûre serait douloureuse mais je ne veux pas crier. Ma dignité en souffrirait… Je ne veux pas que ce docteur ait une pauvre idée de moi ! Pauvre gosse que je suis !

Sur mon torse nu et squelettique, la sueur ruisselle et par-dessus ma tête, mon bras replié écrase férocement le bois.

— Allez-y !