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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/38

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guéri ! Maintenant il fallait subir mon destin. Je l’acceptais sans plaintes ni jérémiades mais au fond de mon cœur, la haine et la révolte couvaient.

Il faudrait que maman retourne dans ce Paris diabolique, refuge de tous les parias de ce monde. Il faudrait qu’elle se remette à la besogne quotidienne, besogne harassante et déprimante. Ce qu’elle ferait en bonne mère, en Bretonne austère et courageuse, vaillamment, sans murmure et sans marchander. Oui, elle le ferait pour moi. Et d’être une charge pour elle me torturait. Ô l’abomination de l’humiliante existence ! Je grinçais des dents et parfois il me venait avec des bouffées de vengeance, des idées de meurtre et de suicide.

Que ceux qui n’ont jamais connu de telles heures, me lancent hardiment la pierre !

Pourquoi Dieu, si juste et si bon, tolère-t-il de telles misères ? Dis-le donc, toi, Christ pacificateur, frère dans la douleur, homme dans les malheurs, dans l’injustice et la souffrance et qui roule des yeux blancs au-dessus de mon petit lit de fer ?

Et mes poings crispés broient dans un rêve fou de suprême justice et de chambardement universel, la société exécrable et pourrie où, dans l’avilissement fangeux du monde égoïste et charnel, traînent toutes les misères et toutes les saletés humaines.

Sur l’ultime barricade que dressent au Soir Rouge tous les révoltés de la terre, tous les forçats d’ici-bas, je vois un collégien pâle et sévère qui trône, accusateur, sur le cataclysme. Et je vois des figures terribles parce que justes, farouches dans le feu et le sang, purificateurs des crimes et des souillures monstrueuses.

Mais dans l’Arrée goguenard, les chouettes qui hululent disent dans leur lamentable mélopée que les feux follets rient de l’injustice et que les lutins, fous ou sages, gam-