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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/29

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— Tu vas avertir ta mère, n’est-ce pas ? Retourne dans ta montagne, mon gars. Et bon courage, va !

Le bon docteur, chaleureusement, serre ma main fébrile.

— Et tu guériras vite. Crois-moi, ajouta-t-il persuasif.

Je ne demandais qu’à le croire, n’ayant pas encore attaché d’importance à ma maladie. « Pour être enrhumé, me disais-je, je ne suis pas si bas que ça. Et puis ma mère viendra, alors… »

Alors il ne fallait pas s’en faire ! Alors ce mal s’en irait au diable chassé par les soins affectueux d’une prévenance maternelle.

La « science » disparue, le collégien redevint gavroche et exécuta un pas de gavotte qui finit prématurément dans une affreuse quinte de toux qui effraya le tranquille Masson.

Le lendemain je fus convoqué au dispensaire.

L’économe, un charmant garçon, m’accompagna dans une voiture de louage frétée pour la circonstance et ayant proche parenté avec le char des rois fainéants. Une haridelle nous traîna par les rues tortueuses, nous cahotant sur les pavés sournois. Le temps était sec, l’air vif. Je me trouvais mieux. Le dispensaire se tenait dans un chemin détourné. Malheureux ceux que détournent ce chemin !

Le bâtiment était net avec cet air de froid mortel de charnier ou de morgue… Je descendis du char brinqueballant.

— Tu pourras marcher au moins ? interrogea mon mentor de sa voix bourrue.

— Dame ! fis-je d’un air étonné.

— Dame ! reprit-il, ce n’est pas si sûr que cela ! Il n’y aurait rien de drôle, dans ton état, que tu…

Je haussais les épaules, dédaigneux, et je gravis le seuil du dispensaire qui dispense les conseils et la science mais qui ne dispense pas la santé et la fortune. À défaut de