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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/18

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avec mépris. Tout l’être de ce petit homme qui pose au lutteur me jette à la figure un dédain cruel.

— Crevé !

Il ne l’a pas dit ce mot, mais je l’ai entendu, clairement. Tous les maîtres de collège ont l’esprit « pion », cet esprit particulier aux maîtres d’internat et aux sous-offs de carrière. Par-dessus le marché, notre surveillant général fut l’un, est resté l’autre. Toutes les compétences sont conciliables, en ce bas monde.

— Suivez-moi à l’infirmerie. Le docteur est justement là. Nous avons quelques grippés depuis la rentrée.

J’ai repris ma pèlerine qui s’alourdit à mon bras et ma valise que je traîne en la heurtant rudement aux marches râpées de l’escalier que par représailles, ont furieusement talonné les souliers mal cirés de générations de collégiens.

Un corridor clair et blanc. Une porte verte sur laquelle se détache en lettres noires, sans nul souci de l’esthétique, un tortueux :

Infirmerie. — Frappez, s. v. p. !

Le surveillant général, lui, ne frappe pas. Il entre comme chez lui et je pénètre dans son sillage. Puis, respectueux des distances, je me suis arrêté à deux pas de la porte, face au docteur et à l’infirmière. J’avoue que ce n’est point par politesse, mais surpris, suffoqué par cette odeur pharmaceutique spéciale à toute salle de malades, odeur complexe qu’il est impossible d’analyser et dont le souvenir inlassable vous poursuit le reste de votre vie. Pourtant la chambre est propre, spacieuse.

— Docteur, je vous amène un rentrant qui a été malade.

J’avance à l’ordre, sans enthousiasme. Affectueusement le docteur me tapote la joue. Il a une figure de bonté et d’intelligence. Celui-là n’est pas un Diafoirus. C’est un homme… C’est beaucoup.

— En effet, il a mauvaise mine. Défais-toi, mon petit.