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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/17

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lumière, de l’azur et de la liberté à l’oiseau qui chante ! et nous sommes combien d’oiseaux meurtris, éclopés pour lesquels la cage s’est ouverte quand ils n’avaient plus la force d’exhaler un dernier couplet ? Rendez à la vie, rendez à l’espoir, quand il est temps encore, les petits collégiens trop pâles ! Mais qui, par une compréhension plus juste, élèvera une voix accusatrice, en faveur de la jeunesse des écoles, cette élite que l’emprisonnement déprimant couche à jamais dans l’éternel linceul ?…

Mon courage d’un jet était revenu, factice. Il est tombé mais la révolte met sa braise au fond de mon pauvre cœur. Des larmes de rage me brûlent les paupières. J’entre dans la surveillance générale qu’un écriteau redoutable signale à la juste méfiance des élèves. Le surveillant général absorbé par quelque paperasse, une liste de consignés, peine et souffle. Ma personne est de trop peu d’importance pour qu’il daigne lever la tête.

— Ah ! vous voilà de retour, Rosmor ? Billet du docteur… lance-t-il, machinalement.

J’ai posé ma valise et repris mon amour-propre. Je me raidis, en tendant le certificat médical que l’autre prend et parcourt d’un œil inquisiteur.

— Bronchite aiguë d’origine grippale… a nécessité un repos de…

Brusquement il a levé la tête et je soutiens durement son regard aigu.

— Vous êtes guéri, au moins ?

— Bien sûr, fis-je d’un ton assuré.

— Hum ? toussota-t-il.

Alors ce tic nerveux, par un phénomène inexplicable, a soudain déclenché en moi, une violente quinte de toux que je m’étrangle à réprimer. Le surveillant général s’est levé. Il est venu vers moi. J’ai cru qu’il allait me dire un mot charitable, un encouragement. Et il a haussé les épaules