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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/161

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RAFALE[1]





Le vent qui souffle du Trévézel ranime dans les massifs de bruyères, cet émoi indicible, avant-coureur du printemps, et les pies goguenardes sur la plus haute branche des aubépines brunes traduisent en jacassements cacophoniques la vague tendresse que cèle leur œil malicieux. Du clair soleil rit aux cieux. L’alouette vibrante, inlassablement, monte dans l’air limpide et chante, chante à plein gosier, dans une auréole de lumière crue et dans un vertige d’espace libre et d’azur inviolé.

Biken pec’hed ken na rin !
Perik, Perik, digor din



Mais Pierre le sardonique ou simplement l’impassible s’obstine à refuser au pèlerin du ciel grisé de musique et de rêve l’entrée divine de son « Paradoz » où tous les vieux Saints bretons et leurs amis les chefs vaillants doivent boire entre deux « sônes » le cidre et l’hydromel ! Alors, l’oiseau symbolique à bout de force se livre d’un bloc à la chute, mais pour reprendre haleine et repartir encore à l’assaut des nues puisque c’est là-haut, quelque part, par delà les nuages indociles, que règne l’idéal…

  1. Voici les derniers feuillets qu’écrivit Abgrall, avant de mourir. Son chant du cygne, peut-on dire : magnifique poème en prose où on le retrouve tout entier ; testament de foi qu’il laisse à la jeunesse bretonne à venir.