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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/16

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des larmes glaciales sur de vieux bancs défraîchis. Je les hais, ces marronniers, symétriques, quelconques et tous pareils, avec leurs branches courtaudes rompues de tumeurs et de boursouflures. Il bruine. Le vent colle des gouttelettes humides à mon front brûlant, et le long de mes aisselles je sens des ruisselets froids qui glissent lentement. Mes bronches sifflent et ronflent d’une façon alarmante. Ma gorge se serre, ravalant avec peine de gros sanglots et de l’amertume.

Le Collège avec ses grilles grises. Il y a toujours des grilles dans les collèges comme dans les prisons… Une cloche qui tinte à la façon des chaudrons fêlés et dont l’appel outrageant est une constante insulte à la musique. Et c’est la face rubiconde du concierge souriant de toutes ses dents que j’imagine au complet. Dans les légendes de ma montagne les ogres ont aussi de ces dents-là !

Le brave homme s’enquiert.

— Alors, Rosmor, ça va mieux ?

Ce concierge est un type, un vrai type de concierge scolaire. Il ne se contente pas de réparer les sabots, il représente aussi, avec honneur, en vérité, la Direction. Il complimente les bons élèves, chapitre les mauvais, et à la première incartade qu’il surprend il signale aux autorités, les uns et les autres… Mais le voilà qui m’interroge. Il insiste. Il veut des détails. Sa commisération m’exacerbe, me crispe. J’ai envie de lui jeter à la figure des insultes, des grossièretés.

La grille se referme… Me voilà repris par l’ambiance désolée des galeries froides au ciment craquelé et des cours silencieuses dont je connais par cœur les moindres détails. Me voilà repris par l’étiolement implacable de cette vie souffreteuse qui a fait du robuste petit montagnard, souriant et naïf, un éphèbe efflanqué que la Mort amoureusement couve de son regard terrible. Il faut de l’air et de la