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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/146

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Où Riwall se révèle excellent cavalier, mauvais mangeur et piètre buveur

Lorsque Riwall, arrivé à bon port à la Métairie, eut humé complaisamraent le fumet des tripes et l’odeur du « chufere » (hydromel), il renifla avec force et, traduisant l’allégresse de ses muqueuses, il envoya une grosse bourrade dans le dos de son compère-bombarde. Ce compère répondait au nom prédestiné et éminemment flatteur de Torr-Rëor, sans doute parce qu’il ne soufflait jamais mot, se contentant de grogner à l’occasion. Torr-Rëor donc, répondit au témoignage d’amitié de Riwall par une rauque articulation ayant des rapports très rapprochés avec le cri de joie du cochon qu’on égorge. Puis il se passa la langue sur les lèvres, à la façon des bœufs, ce qui était de sa part une grande démonstration de haute satisfaction.

Il y avait, en effet, de quoi réjouir nos deux amis. Quarante cuisinières en tablier blanc, rôdaient affairées et crasseuses entre d’interminables rangées d’énormes marmites. Mac’harit-ar-Véridi avait voulu bien faire les choses ! On avait abattu pour la circonstance vingt moutons, vingt bœufs et autant de vaches, au hasard du choix, sans préférence marquée pour les bêtes neurasthéniques. Toutes les commères de la contrée, pouvant prétendre manier la louche et la fourchette de buis, avaient été mandées d’urgence, afin de préparer le banquet de noce. Il y avait là, outre de notables cordons bleus, Kéginerezed a vrud, toutes les mauvaises langues de la région, ayant ainsi indiscutable moyen de déployer leurs talents réciproques et occasion unique de racoler d’ineptes racontars à colporter durant six mois. Autrement dit, en langage vulgaire, toutes ces dondons avaient du pain sur la planche.

Ah ! je vous prie de croire, mes chers lecteurs, que les