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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/139

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sombra dans le torrent musical. Ravi, saint Eutrope, le vénéré patron des Botmeuriens, semblait, le doigt levé, diriger de main de maître cet orchestre fantastique. Et toujours l’Enfant-Jésus souriait de son tendre sourire rose, tandis que le bœuf aux gros yeux, défaillant dans la mélodie, retenait son haleine et que l’âne, l’oreille dressée, avait l’air de battre la mesure.

Glôôôô… ôôôô… ôria in excelsis Deo !

Les voûtes chuchotaient, tremblaient et les vitraux flamboyants crièrent d’aise. La cloche, dans le clocheton, tinta d’elle-même à plusieurs reprises. Les boucles blondes de Iann, agitées par un léger vent rythmaient l’élan des notes et les fidèles en chœur, s’étant enfin mis au diapason voulu, accompagnèrent en basse l’organe formidable du « baleer bro ».

— … In excelsis Deo !

Le chant mourut et l’écho lointain, semblant revenir des nuées reprit doucement : « In excelsis Deo ». Et les trente beaux écus, dans la large ceinture de cuir de Iann, se mirent à danser la sarabande.

L’Enfant-Jésus souriait toujours de son sourire rose et Iann, le grand Iann, Iann de Kerbraguen le regarda avec amour.