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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/123

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Samm-laou était outré et comme il avait le sang chaud et la main prompte, il lança entre ses dents :

— T’as pas honte, grand flandrin, de voler le pain des pauvres gens. T’as donc des cailloux à la place du cœur, fils d’enfer ? avec ta corpulence venir mendier ? Tu crois donc que je crois que t’as pas de jambes ni de bras ? Elle se voient, tes échasses.

— Comment ça, puisque t’es aveugle ?

Pris au piège, le compère jugea prudent de se taire. Il ravala sa bile et ses injures. Puis, comme ça lui pesait sur le cœur, il se mit, en juste retour des choses, à cracher avec méthode, sur le chapeau crasseux de son partenaire.

Et la mort dans l’âme, le pauvre Samm-laou voyait les sous tomber en tintinabulant dans la sébille voisine. Véritablement la colère l’aveuglait pour de bon ! Il étouffait. Alors il appela Saint Herbot à la rescousse.

— Grand Saint, ami du menu fretin, dit-il, inspire-moi un moyen de me débarrasser de cet animal et je te jure que sur ton autel, ce soir, je ferai brûler trois cierges.

Samm-laou pensait avec juste raison que d’habitude les Saints ne sont pas exigeants et qu’à la rigueur, l’« animal » parti, on pouvait réduire le taux de l’offrande, voire même différer l’échéance du paiement…

Mais, au fait, est-ce le Saint ou le diable qui exauça la prière du galvaudeux ?

Peu importe puisque l’idée vint au cerveau, sans trop attendre.

Lentement, savourant sa vengeance, Samm-laou bourra sa courte pipe en terre. Il alluma consciencieusement (si on peut dire) sa pierre à feu et… en un clin d’œil les vêtements de son ennemi flambèrent.

— Au feu, hurla Samm-laou, à l’oreille du clochard affolé.

Alors, on vit ce miracle, un malheureux infirme, qui