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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/122

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— Tiens, te voilà Samm-laou ? s’exclama l’abbé ; je t’aurais reconnu à la façon magistrale dont tu loues le Seigneur. Pécheur endurci va ! Pour sûr que Satan te rôtira à la broche.

— Vous croyez, Monsieur le recteur ? s’enquit poliment le paroissien.

— J’en suis sûr. D’abord, espèce de paresseux, que fais-tu ici ?

— Je fais l’aveugle, répliqua Samm-laou, candide ; et, sans se faire prier, il roula des yeux blancs, puis tendit la main d’une façon impérative.

Le curé, avec un soupir, déposa deux sols dans la dextre tendue, en disant d’un air affligé :

— Mon pauvre mi, quand donc changeras-tu ?

— Dès que vous me prendrez pour sacristain, aotrou person !

Le prêtre disparu, le mendiant vint au porche de l’église. Il s’adossa au mur, et prit une attitude de circonstance. Au-dessus de lui, un Saint-Herbot en granit, veillait, placide. Un homme s’approcha, sur ses béquilles.

— Tiens, qu’est-ce que c’est que cet imbécile ? maugréa le pouilleux sans aménité.

Cet imbécile était de la famille des « klasker bœd » et cousin germain de Samm-laou par divers côtés. Manifestement le nouveau venu était un simulateur. Il exhibait de faux moignons. Comme il avait de fort bonnes jambes il aurait pu se dispenser des « bicher loaiek » . Tout ça échappait au commun mais point à l’œil confraternel du digne Samm-laou.

— Ça c’est trop fort, fit-il sidéré.

L’autre mendiant, sans souci des traditions, se plaçait devant Samm-laou. Il le « masquait », bénéficiant des aumônes qui auraient dû échoir à son aîné en fourberie.