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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/117

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L’ENFER DE YANN-AR-FEIZ





Si je vous racontais de but en blanc que l’Enfer, le seul, l’unique, se trouve exactement à sept lieues sous le taillis de Botmeur, vous me ririez au nez en disant : quel est donc ce blanc-bec qui vient se gausser de nous avec tant d’outrecuidance ? Et comme, après tout, je tiens beaucoup à votre estime, je ne veux en aucune façon m’exposer à recevoir pareil accueil de votre part.

Je vais donc, en toute sincérité, vous conter cette histoire, telle que la contait le héros de l’aventure lui-même. Oui, Messieurs les esprits forts, incrédules et mécréants de toute sorte, vous que je vois déjà sourire, oui, je ne désespère pas de vous rencontrer un jour sur le chemin mystérieux et kilométré qui mène droit à l’Enfer de chez nous !

Soit qu’il eût une confiance immodérée en tout ce qui touchait l’Au-delà de près ou de loin, soit qu’il ne jurât que par ces mots : va feiz (ma foi), on l’avait appelé Yann-ar-Feiz et, mon Dieu, le surnom lui resta.

Jean-la-Foi était plutôt un drôle de paroissien et qui ne manquait jamais l’occasion de tricher son curé et le bon Dieu. Mal lui en prit, car, vous allez le voir, il fut sévèrement puni. Buvant sec, mangeant de même quand il le pouvait, ce garçon-là dormait souvent à la belle étoile, au hasard de ses chutes, dans les buissons ou dans les ornières. Sa présence insolite se décelait au passant par une odeur de « gwin-ardant » et par un ronflement vigoureux.