Page:Abensour - Les vaillantes, 1917.djvu/46

Cette page n’a pas encore été corrigée


malheureux des soldats sans famille et a demandé pour eux des marraines, spontanément de tous les coins de la France, de toutes les classes de la société, femmes ou jeunes filles, midinettes ou grandes bourgeoises, cuisinières ou grandes actrices, fillettes ou aïeules, des marraines ont surgi, qui donnent à ceux des tranchées toute leur pensée et, au besoin se privent pour eux.

« Toute l’onde de tendresse éparse dans notre pays a dit un psychologue, est captée par la tranchée… Emma Bovary elle-même est devenue marraine de poilus ».

Snobisme peut-être chez quelques-unes, sincérité pour la plupart d’entre elles qui ont conscience de remplir une mission très haute et très féminine.

Isolé, perdu au milieu de la foule anonyme, le combattant que ne soutient nulle pensée douce, nulle espérance, s’ennuie, se désole, est saisi du fâcheux cafard. La marraine apparaît et, telle celle des anciens contes elle fait reparaître le soleil sous les nuages.

C’est la lettre qui, même venant d’une inconnue, sera affectueuse et tendre. C’est le colis qui apporte mille petits objets utiles ou délicieusement superflus, c’est la cocarde de Mimi Pinson distribuée au plus brave comme au temps de tournois, c’est la pensée surtout qu’on n’est plus seul sur la terre, qu’aux battements de votre cœur répondent les battements d’un autre cœur, que votre bonheur ou votre malheur, la gloire ou la mort ne seront pas à tous indifférents. Et avec plus d’ardeur les soldats se battent, avec plus de stoïcisme ils supportent