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mêmes bien souvent qui ont passé une année et plus dans les hôpitaux de l’intérieur ou du front, les mêmes qui aujourd’hui concilient leurs obligations mondaines ou familiales retrouvées avec leurs devoirs patriotiques, les mêmes qui, demain, s’il le fallait se dévoueraient de nouveau tout entières et seraient capables d’héroïsme et de sacrifice.

Le cœur des femmes est merveilleusement complexe et si parfois nos compagnes semblent oublier la gravité de l’heure présente, c’est qu’elles mettent une sorte de coquetterie à dissimuler leur blessure ; mères, épouses, sœurs, fiancées et celles même qui, par chance n’ont aucun des leurs là-bas donnent à nos combattants le meilleur de leur pensée. La préoccupation est constante et reparaît à la première occasion.

Les petits faits quotidiens observés autour de nous, des confidences naïves, des cris du cœur jettent une vive lueur sur l’âme féminine.

La femme du peuple a conservé le sérieux et le bon sens qui furent toujours l’apanage de la femme française. Écoutons cette vendeuse des quatre saisons, scandalisée justement du spectacle honteux d’une ivrognesse, flétrir de sa rude voix faubourienne celle qui ose s’avilir en un pareil moment.

Lisons cette jolie lettre adressée à M. Brieux par une « simple petite ouvrière » pour qu’il dise à nos poilus de ne pas être jaloux ».

Ils ont tort d’être jaloux là-bas, car le seul bonheur c’est de lire les lettres, et on les lit tout haut : on n’a pas de secret, puisque ça vient de là-bas.