Page:Abensour - Les vaillantes, 1917.djvu/42

Cette page n’a pas encore été corrigée


femmes, renonçant à toute élégance, à toute gaieté bruyante, montèrent ce thé tricot joliment décrit par une de nos meilleures romancières : « Les dames en toilette démodées ménageaient les morceaux de sucre et savouraient le démocratique petit beurre. Une Parisienne qui se piquait de patriotisme aurait cru commettre un crime, voler l’argent dû aux blessés, aux réfugiés, aux misérables si elle avait commandé une robe neuve et servi des gâteaux de luxe à ses hôtes.

Le thé tricot était charmant… chaque invitée apportait son ouvrage… On discutait sur la façon des chaussettes avec une ardeur émouvante. Et les pensées d’amour, les pensées de douleur, les pensées d’inquiétude et d’espérance s’entrelaçaient dans les mailles souples et faisaient d’un vêtement vulgaire, un talisman tout chaud de vie et d’amour » [1].

Mais comme l’a bien remarqué Mme Marcelle Tinayre, les thés tricots et l’austérité fondirent avec les glaces du premier hiver. Les espérances puis la certitude du succès, l’impossibilité pour celles comme pour ceux que le malheur n’a pas directement touchés de rester plongés éternellement dans la tristesse, une sorte d’accoutumance douloureuse, mais inévitable permirent à l’élégance, à la fantaisie, à une sorte de gaieté de reprendre leurs droits.

Et aujourd’hui l’on voit comme autrefois de jeunes femmes élégantes, fréquenter concerts, plages, thés mondains, causer chiffons, rire, flirter. Et ce sont les

  1. Marcelle Tinayre : Thé de guerre.