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enfants, déjà couverts de gloire. Celle-ci porte avec orgueil la médaille d’identité d’un cher disparu. Celle-là engage ses fils à se porter aux postes les plus dangereux, et cette autre : « mes fils ! je viens d’avoir l’honneur de les voir partir au front ! »

On ne saurait avoir de sympathie pour ces femmes qui prennent trop facilement leur parti d’un affreux malheur : Veulent-elles laisser à la postérité le souvenir d’un beau geste, d’une phrase à effet ? C’est un cabotinage impardonnable. Sont-elles sincères ? elles nous rebutent par la sécheresse impitoyable de leur cœur et toute mère digne de ce nom les considérera avec horreur ; et d’ailleurs où est, dans de telles conditions le mérite de leur sacrifice ?

Non, les Françaises ne sont ni des Spartiates, ni des Romaines.

C’est le cœur serré, c’est en retenant à peine leurs larmes, c’est en étouffant leurs sanglots qu’elles ont laissé partir leurs maris et leurs fils. Elles souffrent, elles pleurent de leur absence ; plus d’une, glorieuse pourtant lorsque l’aimé se distingue, demande surtout en ses prières que le danger soit écarté de lui. Plus d’une, sans oser parfois se l’avouer, préfère la vie, la présence chère aux citations, aux galons, aux palmes et aux croix. La patrie demande un sacrifice ; elles l’acceptent sans joie, oh non ! sans allégresse, sans raideur. Elles donnent leur chair et leur âme comme les hommes donnent leur sang. Elles n’en sont que plus belles à se résigner à l’immolation effroyable. Plus beaux sont les pleurs contenus, ou versés qu’un sublime de commande,