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étaient, avant la guerre, déjà des mères de famille conscientes de leurs devoirs, des jeunes filles averties mais réservées, d’honnêtes femmes dans toute l’acception du terme. Celles qui auraient pu réellement changer ce sont celles-là qui, brillante écume du Tout-Paris, étrangères le plus souvent, ne cherchaient chez nous que le luxe et la vie facile. Mais du Tout-Paris à la France, il y a bien loin. Sommes-nous sûrs d’ailleurs que dans le monde frivole et corrompu qui semblait à certains toute la France, il ne se soit pas trouvé des femmes comme des hommes pour ne rien apprendre, ne rien oublier ? Et parmi celles même qui seraient apparues comme transformées, n’en est-il pas qui aient recherché le beau geste, l’attitude théâtrale, la mise en vedette ?

Si l’on veut bien regarder en face la réalité on reconnaîtra que pas plus que les hommes, les femmes n’ont eu à se transformer. Les hommes, sous le scepticisme et le laisser-aller cultivaient encore l’énergie, le courage et l’initiative de la race ; les femmes dont quelques-unes seulement voilaient sous une frivolité apparente leur âme tendre et dévouée, ont, comme eux, facilement retrouvé le culte de la Patrie, la maîtrise de soi-même, l’abnégation.

Est-ce à dire que toutes les Françaises soient devenues depuis la guerre des héroïnes cornéliennes ? On pourrait le croire à lire maintes lettres de mères ou d’épouses citées, avec trop de complaisance peut-être, par la presse quotidienne. L’une se déclare « heureuse » d’avoir vu son jeune fils tomber sur le champ de bataille. L’autre déclare qu’elle sacrifiera avec bonheur ses