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la vigueur masculine de Jeanne Hachette, l’enthousiasme avec lequel, en 1789, toutes les Françaises sacrifièrent leurs bijoux sur l’autel de la Patrie, l’héroïsme des Parisiennes de 1870 piétinant de longues heures dans la boue glacée, leur stoïcisme sous les obus prussiens, sous les tortures du froid et de la faim, qu’est-ce sinon les chapitres successifs de la résistance de la femme qui, l’homme vaincu, n’abdique pas encore.

Plus tard, les forces de la France brisée, non son âme, les femmes alsaciennes et lorraines sont, comme l’a bien montré M. l’abbé Wetterlé, à l’avant-garde de la résistance française dans les pays provisoirement conquis.

En Alsace-Lorraine, en effet, « les femmes entretiennent le feu sacré du patriotisme, elles ne vont au théâtre que lorsque la pièce est française, ne paraissent que dans les bals où elles sont certaines de ne rencontrer que des indigènes et apportent partout la langue, la mode, l’extérieur français… On peut compter encore les mariages entre Allemands et indigènes.

Ce rôle joué par leurs sœurs, leurs mères ou leurs lointaines aïeules, nos femmes de France l’ont continué pendant la crise actuelle.

Pour bien comprendre quelles furent, quelles sont encore l’attitude des femmes et l’importance de la force morale qu’elles apportent, il faut bien se garder des idées toutes faites et des clichés innombrables qu’on vise à nous faire prendre pour l’expression de la réalité.

Écrivains et publicistes, parfois de talent, se sont ingéniés à nous montrer la femme totalement transformée