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brigue la publicité, n’aspire à la réclame tapageuse. » Obscurément confondues dans la foule armée, des milliers de femmes russes vivent, souffrent et meurent avec elle, dont jamais peut-être on ne saura les noms. Mais quelle belle Iliade féminine pour les poètes et historiens de l’avenir !

Faute de moyens d’information et parce qu’également une longue tradition de gloire a appris à considérer comme habituel le courage des amazones, nous avons peu de détails sur la part prise par les femmes serbes aux diverses phases de la lutte. Mais habituées depuis des siècles à faire le coup de fusil contre le Turc ou à entretenir au foyer, par le récit des vieilles rapsodies populaires, le souvenir de la grande Serbie, elles participèrent en 1914, comme pendant les deux guerres balkaniques, à l’enthousiasme patriotique de la nation. Elles partagèrent sa gloire et son martyre.

À la veille de la première invasion autrichienne, les femmes prirent part à la levée en masse après avoir pris soin toutefois de terminer les travaux des champs et de préparer la future moisson.

En décembre 1914 un régiment autrichien passait sur la route de Belgrade. Sans daigner tourner la tête vers l’ennemi, une femme serbe labourait son champ, charrue en main. Un officier l’interpella : « Pourquoi faites-vous un si rude travail ? — Parce qu’il me plait, répondit-elle redressée et dédaigneuse.