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l’artillerie ennemie, il faut prendre à travers les marécages ; à chaque instant la courageuse infirmière manque de s’enliser. Elle parvient au champ de bataille, relève ses blessés et les ramène. Mais le retour est plus pénible encore car aux difficultés naturelles se mêle cette fois la sauvagerie voulue des Allemands.

La nuit était noire. Soudain, un éclair lumineux parut devant nous : les projecteurs allemands fouillaient le champ de bataille. Ils nous découvrirent. Nous étions à leur merci. Pendant deux heures, zigzaguant pour éviter que le tir pût être réglé, ma petite voiture blanche, marquée d’une croix rouge fut en butte au feu sauvage des batteries ennemies. Les gros obus tombaient, à gauche, à droite, devant nous. À chaque instant nous pensions notre dernière heure arrivée ; et c’était consciemment qu’ils nous bombardaient ainsi, car il n’y avait pas une seule troupe armée dans la plaine déserte que nous traversions.

C’est pour cet exploit suivi de bien d’autres analogues que Spera Meteleff obtient la croix de Saint-Georges.

Une autre sœur de charité, Vitalevna Poiré a pendant le cours de la même retraite continué à sauver les blessés sous le feu dans un village que l’arrière-garde russe allait abandonner.

Dans cette phase épique de la grande lutte, où tous les possibles se sont réalisés il n’a pas été rare de voir les infirmières se transformer en combattantes. Rima Mikaïlovna Ivanova est attachée comme infirmière au régiment d’infanterie d’Orenbourg. Avec lui, elle poursuit toute la retraite au travers des marécages polonais.