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Voici l’une des « douze amies ». Elle s’appelle Zoé Smirnowa. Elle est arrivée au quartier général tout droit des avant-postes, où elle a passé quatorze mois, portant l’habit du soldat et combattant, mêlée à des hommes. Elle a seize ans. Ses cheveux coupés la rendent pareille à un jouvenceau. Seulement, sa voix claire et aiguë révèle son sexe. Zoé raconte son histoire ; elle explique comment, avec ses onze autres camarades, elle s’est décidée à partir pour la guerre le huitième jour de la mobilisation, — à la fin de juillet 1914. Au commencement d’août, les douze amies ont réussi à réaliser leur plan. Elles étaient douze, disons-nous, presque toutes du même âge et toutes du même collège : de pures Moscovites, appartenant aux diverses classes de la société, mais unies étroitement par des études faites en commun.

« Nous ne pouvions pas, raconte Zoé, partir de Moscou même ; nous aurions été arrêtées à la gare. Nous dûmes aller en voiture jusqu’à la station d’une ville voisine par laquelle passaient les trains emportant les soldats. Ainsi donc, à l’aurore, sans rien dire à nos parents, nous nous sommes mises en route. C’était un peu effrayant ; chacune de nous plaignait beaucoup son père et sa mère, mais le désir d’arriver au front et de battre les Allemands était plus fort que nos regrets ».

Dans la gare voisine de Moscou où elles se faufilèrent, les soldats les ont reçues d’une manière purement paternelle et très correcte. Ces braves gens leur firent place dans leurs wagons et ne contrarièrent pas leurs desseins. Ils les munirent d’uniformes et les firent ainsi arriver sans obstacles jusqu’à la frontière autrichienne. Là, il fallut descendre du train et marcher vers Lvow. À ce moment le commandant apprit leur singulière histoire ; elles furent gourmandées, leur expulsion fut préparée ; puis finalement, les jeunes patriotes reçurent la permission de suivre les soldats.

« Seulement, il a fallu couper nos nattes interrompt Zoé