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du temps de paix trente générations masculines les plus actives, l’élite du pays, sa force agissante et pensante, pour une guerre dont la durée excède deux ans.

Une telle mobilisation, c’est l’arrêt brutal de toute vie économique, de toute vie intellectuelle, et il en fut ainsi, les deux premiers mois de la guerre, alors qu’on concevait celle-ci comme une crise effrayante mais passagère…

Lorsqu’à l’hiver de 1914 on s’est aperçu que la guerre serait de longue durée, le problème est apparu bien autrement complexe. Tout en maintenant à l’état d’extrême tension les ressorts de la défense nationale et en laissant les guerriers à l’avant il a fallu se préoccuper de donner à l’armée elle-même et à la population civile le pain quotidien et de maintenir au même niveau intellectuel et moral le peuple de France.

La guerre devient guerre de résistance : la victoire au plus riche, à celui dont les ressources lui permettront de tenir le plus longtemps : il faut maintenir, développer encore l’activité économique du pays, intensifier la production industrielle, le mouvement des échanges.

La guerre devient guerre de matériel, le cri fatidique « des canons, des munitions » résonne par les mille voix de la presse. Il faut des mains toujours plus nombreuses pour tourner les obus, des cerveaux pour en diriger la fabrication.

À chaque étape de la guerre, on s’aperçoit donc qu’il faut augmenter le nombre des ouvriers de la défense nationale, ouvriers de l’avant et de l’arrière, des tranchées et du comptoir, de l’atelier et du bureau. Le pro-