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Le gouverneur veut, suivant la méthode germanique terroriser la population par un exemple sanglant. Sans trembler Miss Cavell écoute la sentence. Avec une résignation sublime elle attend dans sa cellule l’heure de l’exécution. Sans émotion apparente elle s’entretient avec le pasteur, repasse les souvenirs de son enfance et, un petit drapeau anglais fixé à son corsage, se déclare heureuse de mourir pour sa patrie. « J’ai vu tant de fois, dit-elle, la mort de tout près, qu’elle ne saurait m’effrayer ».

Quant, à deux heures du matin, les gardiens arrivent c’est d’un pas ferme qu’elle les suit. Avec ses bourreaux elle traverse un jardin sombre. « Je meurs sans haine, déclare-t-elle encore ».

Mais elle doit, nous dit-on, pour arriver au mur fatal, franchir des cadavres de Belges récemment exécutés. Bientôt, ses forces l’abandonnent, son énergie fléchit à l’aspect des fusils braqués, comme celle de Jeanne d’Arc devant la flamme du bûcher. Brisée, elle s’affaisse, s’évanouit. « Décontenancés les soldats abaissaient déjà leurs fusils quand l’officier, poussant un juron, rajusta son monocle, s’approcha, visa soigneusement la tempe et tira. »

Héroïne et martyre, doublement respectable comme femme et comme infirmière, injustement condamnée par une cour martiale jouant une parodie de justice, « Miss Cavell représente la conscience humaine, indomptable à la force et réfractaire à la terreur » [1].

  1. Ferdinand Buisson.