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voix angoissée, nous dit-elle, je demandai à ces malheureuses : « Quelles sont celles d’entre vous qui ont perdu des êtres chers dans les massacres d’août ? » Il y eut un silence, des têtes se levèrent vers moi, puis une voix prononça : « Il serait plus simple de nous demander : « Quelles sont celles qui n’ont perdu personne ? » — Soit ! que celles-là se lèvent. Et sur ces 126 femmes, je n’en vis se lever que deux. « Mais alors, ne regrettez-vous pas ce qu’a fait le roi ! N’auriez-vous pas préféré qu’il laissât passer les Allemands » ? Non, le roi a bien fait, répondirent, très assurées, 124 voix ».

Les Bruxelloises ont su avec dédain pour le Barbare grossier faire preuve d’une fine ironie, qui les montre de belle race française. Une Bruxelloise de l’aristocratie qui a vécu de longs mois sous la botte allemande raconte que, voulant « fusionner » avec la haute société bruxelloise, les officiers allemands firent installer chez le pâtissier à la mode, une grande table où tous les jours à l’heure du five o’clock, ils étalèrent leurs élégances teutonnes et leurs lourdes grâces. Ils comblèrent de sourires les charmantes habituées. Mais ô surprise ! les jeunes et jolies Bruxelloises disparurent. Le pâtissier fut mis à l’index de la bonne société et les teutons restèrent seuls dans la place.

Nulle part les portes de la bonne société belge ne se sont ouvertes aux Allemands. Et s’il en est ainsi c’est bien grâce aux femmes puisqu’elles et elles seules font la vie mondaine.

Les faubourgs sont, on le sait, aussi réfractaires que les salons et on ne compte plus les mille tours que