Page:Abensour - Les vaillantes, 1917.djvu/240

Cette page n’a pas encore été corrigée


jeune fille transformée momentanément, — par quel mystère ? — en amazone veut-elle aussi prendre part au combat. Comment et dans quelle mesure ?

Elle-même va nous le raconter.

« Les Écossais, dit Émilienne Moreau, — ils avaient relevé leurs masques, qui, sur leur tête, faisait maintenant l’effet d’un turban — étaient superbes et terribles, ruisselants de sueur, leurs baïonnettes toutes rouges, et ils étaient eux-mêmes éclaboussés du sang de l’ennemi et du sang qu’ils avaient perdu…

Terribles, ils le parurent à tel point à quelques habitants que ceux-ci, n’osant reconnaître en eux des amis, prirent la fuite et allèrent se jeter entre deux feux.

Mais nous-mêmes, qui étions-nous pour eux ?

Pouvaient-ils immédiatement distinguer ceux-là que leur présence comblait de joie ?

Il fallait agir vite, trouver un moyen expressif de traduire nos sentiments, se faire comprendre sans des pourparlers en ce moment malaisés…

Alors, je m’avançai, et, par une inspiration, j’entonnai le commencement de la Marseillaise…

Une petite voix bien frêle, et brisée par l’émotion, au milieu de ce tumulte.

Elle vibra, cependant, par la magie des accents du chant par lequel je saluais nos sauveurs…

Il me semble, en écrivant ceci, aujourd’hui, qu’on pourrait croire à je ne sais quoi de théâtral… Ah ! combien toute autre pensée que celle de communiquer tout de suite avec nos alliés était loin de moi !

Une acclamation me répondit :

Nous English… Nous Scott ! !

Notre rencontre était faite.

Un officier, grand, brun, aux traits décidés, gardant de l’élégance, malgré le désordre de son uniforme, s’approcha de moi.

Oh ! monsieur, lui dis-je, je suis heureuse d’être la première Française qui vous remercie !