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ont pénétré dans les administrations publiques ou professions libérales ; plusieurs ont conquis une haute renommée littéraire, scientifique même. Le temps est bien loin où, dans la création de la richesse comme du patrimoine intellectuel du pays, les femmes représentaient une quantité presque négligeable.

Voilà donc une grande force, jusqu’ici perdue, qui commence à être utilisée. Et l’aube point d’une ère nouvelle.

À cette évolution des faits économiques, correspond comme toujours une évolution dans les esprits.

Ici encore c’est l’action du féminisme avant tout que nous devons étudier.

Faute pour les Françaises d’user des méthodes tapageuses des suffragettes ou de la gigantesque réclame américaine, le grand public ignorait, ignore encore, quelle était, avant la guerre l’importance réelle du féminisme. Comme celui-ci n’était pas, ne voulait pas être un parti politique, comme ses adhérents, gens discrets et modestes, n’injuriaient pas leurs adversaires et n’embouchaient pas pour clamer leurs moindres succès, la trompette d’airain, il paraissait à nos bourgeois de France non plus haïssable, mais indifférent. La Candidate et la Cochère qui le symbolisaient méritaient au plus un sourire il était de bon ton pour une femme du monde et même pour une femme de lettres, de reléguer le féminisme dans l’île d’Utopie. Bien peu soupçonnaient la variété infinie des problèmes qu’il implique et la force sociale qu’il représente.

Force sociale, le mol n’est pas exagéré : après les