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qu’elle apparaît pendant le mois de septembre 1914.

Elle habite un petit village de la Somme, l’Éclusier, d’où tous les gens valides ont fui après Charleroi, craignant avec raison l’occupation allemande. Les malades restent et avec eux les vieillards, les infirmes, les femmes en couche. Mlle Semmer ne peut se résoudre à les abandonner. Elle les installe dans une carrière, à l’abri, puis, pendant plusieurs jours va de leur refuge au village occupé cependant par les Allemands. Elle rapporte des vivres, soigne les blessés, adoucit par sa bonne grâce et sa charité les misères des abandonnés. À elle et à elle seule, cent vingt-cinq personnes doivent de n’être pas mortes de faim.

Là ne s’est pas borné son rôle. Demeurée dans le village, elle se trouve au milieu des Allemands et peut apercevoir leurs prisonniers. Se représente-t-on quelle somme d’habileté, quel talent d’organisation, quel mépris de la mort, il faut à une jeune fille pour lier conversation avec ces prisonniers, leur permettre d’échapper à leurs gardiens et leur fournir les costumes civils qui leur permettront de sortir des régions envahies ? C’est ce que Mlle Semmer fit maintes fois.

Bientôt les Allemands soupçonnent : la jeune fille se sait surveillée. Cela ne l’empêche pas de faire mieux encore. Un seul pont permet de franchir le canal qui passe près du village ; qu’il soit relevé et l’avance des nouvelles colonnes ennemies est un instant arrêtée. L’éclusier est parti ; elle prend sa place, et coupe le pont. Cette fois c’en est trop, un officier allemand furieux lui annonce qu’elle va être fusillée. « Soit, mais je vous