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Et c’est un voyage héroï-comique à la rencontre du flot des uniformes gris qui ne cesse de défiler. Sans trembler, Mme Meunier passe et lorsque des patrouilles l’arrêtent. « Vivres pour l’État-major allemand ! » Pendant huit jours se succèdent ses extraordinaires randonnées. Gouailleuse et débrouillarde, la fermière trompe toujours la vigilance des officiers et soldats ennemis. Et nos blessés sont, par elle, pourvus des mille douceurs qui rendront leur sort moins pénible.

Le 12 septembre, au moment où elle rentre, sa voiture se trouve soudain sous une avalanche d’obus. Elle ramasse une fusée et reconnaît une fusée française. C’est donc que les nôtres reviennent ! En effet, autour d’elle affluent les colonnes allemandes. Sur leurs traces, Mme Meunier se précipite ; elle a hâte de savoir.

Elle ne redoute ni le feu croisé des deux artilleries, ni les colonnes allemandes affolées. Sur la route, la carriole vole au pas vif du cheval que la fermière talonne. Elle s’arrête seulement à l’appel plaintif d’un blessé gisant sur le sol. C’est un Allemand ; n’importe ! la bonne fermière le juche dans la charrette gardant seulement son fusil comme trophée ; et, récompense de tant d’efforts elle trouve l’hôpital de Nanteuil occupé par nos troupes. Mme Meunier n’aura pas vu la victoire finale ; elle est morte en avril 1915 et nos soldats ont déposé sur sa tombe des fleurs tricolores. Mais elle a pu se voir citée à l’ordre de l’armée pour « n’avoir pas hésité à traverser les lignes allemandes, ravitaillé l’hospice de Nanteuil, et recueillir sur le champ de bataille de nombreux blessés ».