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son hôpital. Il faut alors non seulement soigner les Allemands, mais ravitailler et l’hôpital et les quelques habitants restés à Vauxbuin. Sans cesse il faut parcourir la route de Vauxbuin à Soissons où l’on va chercher des vivres, sans cesse se heurter aux soldats ennemis. Mais le courage, la bonne grâce un peu hautaine, la beauté aussi de l’infirmière désarment souvent l’arrogance teutonne. Mlle Canton-Bacara peut ravitailler Vauxbuin, faire punir un soldat allemand assassin, sauver deux dragons français. Les officiers se montrent respectueux. Un seul, par une nuit sombre, ose l’arrêter et veut la regarder en face. « Je ne montre pas mes yeux, dit-elle, aux ennemis de mon pays ».

Mais le prince de Salm lorsqu’il visite la formation de Vauxbuin complimente ainsi la directrice : « Je vous remercie, Mademoiselle, vous nous donnez à tous une belle et haute idée de votre race ». Mais les officiers qu’elle a soignés se confondent en remerciements dithyrambiques et sans doute sincères bien qu’écrits en fort mauvais français ; telle cette petite pièce de vers d’un lieutenant de chasseurs de la garde.

Si j’étais poète, je ferais des vers,
Si j’étais peintre, je peindrais un arbre vert
Mais comme en ces arts je ne suis pas bon
Je me contente d’écrire mon nom.

Malgré la galanterie des officiers prussiens, reconnaissants de son zèle charitable, Mlle Canton-Bacara ne respire que lorsque le grondement du canon se rapproche et que ses pensionnaires la préviennent de leur