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plus précieuse que jamais aujourd’hui, l’œuvre de la Goutte de lait. Les principales sociétés féministes et féminines ont tenu à honneur de lui prêter dans cette tache leur appui et par elle ont été sauvés bien des enfants comme bien des hommes. Tout cela Mme Mâcherez l’a fait simplement, sans attitude, sans phrases ; elle a défendu sa ville et ses concitoyens comme elle aurait fait d’elle-même ou de son patrimoine, en ménagère avisée et prudente, en femme de tête et de cœur. En plein xxe siècle elle évoque ces fières châtelaines qui, les époux à la croisade, commandaient sur leurs terres et ne s’effrayaient pas des hommes d’armes ni des reîtres pillards.

Dans les pays ou l’invasion est devenue occupation, les femmes ont du prolonger un rôle ailleurs éphémère. Dans combien de localité dans quelles conditions ? Nous sommes loin d’être fixés. Mais parfois nous arrive des pays envahis un éloge arraché à nos ennemis par l’énergie d’une française. C’est par un journal allemand en effet que nous connaissons Isabelle Trévin, mairesse de Guillemont, près de Péronne.

Depuis près de deux ans, le village de Guillemont vidé de tous ses hommes valides est occupé par les Allemands et privé par leurs réquisitions des denrées les plus nécessaires, blé, pommes de terre, bétail, paille, foin. Le maire, vieux et impotent, dut aux premiers jours abandonner à sa femme toute la tâche. Réduite dans sa propre maison, occupée par les troupes, à une chambre qu’elle partage avec six femmes et enfants sans asile, elle a assuré, sans négliger ses