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vaste qu’elle permit, prodigieuse consommatrice d’efforts humains. Les bras des hommes n’ont plus suffi à la satisfaire et pour remplir les vastes agglomérations industrielles de notre époque, il a fallu faire appel aux femmes également.

En même temps s’est produite la baisse des salaires, absolue parfois, toujours relative par rapport au renchérissement de la vie. Le salaire de l’homme n’a pas suffi pour faire vivre la famille. La femme a dû chercher un gagne-pain : l’usine la sollicitait tout naturellement ; elle s’y est engouffrée, quitte à toucher d’abord un salaire dérisoire pour un travail exorbitant [1]. Le salaire est souvent pour elle un simple « salaire d’appoint qui, insuffisant par lui-même, doit, s’additionnant à celui du mari, permettre de joindre les deux bouts ». Et voilà, soit dit en passant, la cause essentielle d’une des plaies de la société moderne : l’exploitation des ouvrières à domicile.

Pour beaucoup de femmes il n’a plus fallu seulement trouver un salaire d’appoint, mais un salaire. Il s’agit de celles qui, de plus en plus nombreuses au xixe siècle, se sont trouvées dans la nécessité de vivre seules et de seules, se suffire. Voici d’abord les paysannes que la grande ville fascine ou que l’industrie familiale ne peut plus nourrir ; voici les jeunes filles instruites qui ont quitté le foyer pour la recherche fébrile d’une situation qu’elles espèrent brillante. Voilà surtout la foule de celles

  1. En 1848 la journée de la plupart des ouvrières ne dépassait pas 1 fr pour 12 à 14 heures de travail.