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une volonté froide, et toujours agissante. Triste et hautaine, la mairesse est partout : à l’hôpital, à l’Hôtel de Ville, dans les rues de la cité.

Négocier avec les autorités allemandes : tâche peu commode, car le premier moment passé de surprise respectueuse, le naturel des barbares reprend le dessus ; et c’est le revolver au poing qu’ils discutent. À chaque difficulté c’est, de nouveau, la menace de brûler la ville, c’est l’injure et la violence. Jamais démontée, jamais effrayée, Mme Mâcherez répond invariablement : « Vous me fusillerez avant de touchera mes concitoyens ».

Finalement elle a toujours gain de cause. Grâce à elle, les blessés que les Allemands voulaient emmener prisonniers restent soignés dans les hôpitaux de la ville. Grâce à elle, les entrepôts, la distillerie, la verrerie, où sont cantonnées des troupes, n’ont pas à souffrir du pillage. Grâce à elle, les réquisitions de toute sorte peuvent s’effectuer à la satisfaction des vainqueurs sans que cependant la ville ait à souffrir de la famine. Pour épargner à sa cité une blessure, à ses compatriotes une vexation, Mme Mâcherez se dépense sans compter. On la voit accompagner les Allemands dans leurs courses et si un jour, son automobile prise en écharpe par un lourd camion, Mme Mâcherez rentre chez elle gravement contusionnée, elle n’en continue pas moins le lendemain sa vie trépidante et dangereuse.

Par sa ferme attitude elle a, non seulement imposé aux Barbares, mais rassuré la population, qui désormais confiante parce qu’elle se sait gouvernée, défendue, reprend une vie presque normale. Autour de Mme Ma-