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d’œuvres charitables, tout en dirigeant d’une main ferme ses propriétés ; quiconque aura vu Mme Mâcherez ou seulement son portrait ne saurait manquer d’en conserver une impression inoubliable. Tout, dans son attitude comme dans les traits de son visage, respire la force, la volonté, la pleine possession de soi-même. Elle regarde bien en face, sans sourciller, la vie… et l’ennemi.

Membre de la Société des Dames de France, Mme Mâcherez a organisé les hôpitaux de Soissons. La marche allemande vers le sud ne la fera pas fuir comme tant d’autres de la ville natale.

Les autorités de la ville ont été bien loin de montrer le même courage et quand, à la fin d’août arrivent les Allemands, c’est une scène par nous bien des fois décrite qui se renouvelle. Le maire ? parti, les employés de la mairie ? évanouis. Ne sachant avec qui parlementer, les Allemands s’emportent, parcourent avec fracas les rues désertes, menacent, si le maire ne vient pas immédiatement, d’incendier la ville.

Prévenue, Mme Mâcherez quitte ses malades et se présente aux officiers ennemis : « Le maire c’est moi », dit-elle. Et une telle puissance de volonté, un tel mépris du danger émanent de cette vénérable aïeule qu’aucun d’entre eux n’a l’idée de sourire. Elle s’impose et les envahisseurs traitent avec elle, persuadés qu’elle saura remplir tous les devoirs de sa fonction.

Pendant les douze jours d’occupation, elle les remplit, en effet, avec une vigueur et une habileté dignes d’un homme d’État. Pas de grandes phrases, pas de récriminations inutiles qui exaspéreraient les vainqueurs, mais