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le cas après la Marne, après l’Yser, après Verdun. Les blessés qui arrivent souillés, boueux, les vêtements en lambeaux évoquent vraiment la vision infernale des horreurs de la guerre.

Pour les bien soigner, il faut abolir en soi tout préjugé aristocratique, toute délicatesse des sens, toute fausse pudeur.

Et parfois, suprême tristesse, le dévouement n’est pas compris. Farouchement les blessés se renferment en eux-mêmes. Pis encore : lisons cette scène poignante, dont le récit nous est fait par l’actrice même du drame ! « Le blessé me regarde venir. Arrivée auprès de son lit, je prends le quart qui est sur sa table, le remplis et le lui tends, alors, il boit une gorgée, s’arrête pour tousser lève la tête, me crache au visage, puis retombe sur sa couche.

Simplement, je glisse la main sous son traversin, j’y trouve son mouchoir et lui essuyant les lèvres :

— Tu as bu trop vite, mon petit ; tu t’es étouffé dis-je. … Sa bouche s’élargit d’un énorme et mauvais rire [1]. » De quelle foi en soi-même, en la grandeur de sa mission il faut être animé pour supporter un tel crève-cœur !


Ajoutons à tout cela une dure discipline à laquelle peu de femmes jusqu’ici étaient habituées, sans compter l’ennui des querelles mesquines et des petites rivalités qui n’abdiquent pas toujours à l’heure du danger, et l’on comprendra qu’à l’épreuve de la réalité, si différente

  1. Jack de Bussy. Réfugiée et infirmière de Guerre.