Page:A. Challamel.- Les Clubs contre-révolutionnaires.djvu/218

Cette page n’a pas encore été corrigée


« Dans quel malheureux tems vivons-nous donc, si, pour distribuer, de l’aveu même de la police, le plus faible secours aux misérables, on est dénoncé au peuple comme son ennemi ?

« Et que prétendez-vous, messieurs, en multipliant a^nsi, dans toute la France, la haine, les soupçons et les ressentimens ? Voulez-vous vous faire aimer et vous faire craindre ? Je réponds que si tout le monde est de mon avis, vous n’obtiendrez ni l’un ni l’autre. La nation ne peut être encore longtemps abusée. Pendant qu’on lui vante la douceur de nos loix, ses mœurs deviennent sensiblement atroces ; les prisons se remplissent ; les victimes sont entassées dans les cachots ; on brûle, on massacre, on intercepte les lettres ; d’infâmes écrivains ont toujours la hache levée, et professent hautement la doctrine des cannibales ; ils sont tolérés, protégés ; les injures, les calomnies sont impunies. On ose dire dans l’Assemblée que cette coupable licence est utile à la révolution. Enfin, pour mettre le comble à tant de violences et d’absurdité politiques, après avoir favorisé tous les désordres et tourmenté toutes les classes de citoyens, il suffit aujourd’hui d’être attaché à la constitution monarchique pour devenir un objet de scandale et être dénoncé dans la tribune de l’Assemblée nationale.

« On se sert, a dit M. Barnave, de ce que les hommes ont de plus sacré pour soulever les esprits ; c’est au nom de la reUgion que nous chérissons tous ; c’est en invoquant les droits de la propriété que nous respectons, et l’attachement à la monarchie qui est dans le cœur de tous les François, qu’on alarme les citoyens, et que les ennemis du bien public ourdissent leurs coupables trames d’un bout du royaume à l’autre. — Une Société de prétendus amis de la constitution monarchique ose, dans le sein de la révolution, au milieu de la capitale, s’élever contre la constitution même, et distribuer au peuple un pain empoisonné... »

« Je réponds à M. Barnave que je suppose aux loix nouvelles les meilleures intentions ; je ne leur impute aucun tort, sans me charger "toutefois de leur apologie ; mais je ne sais ce qu’elles commandent et ce qu’elles sont devenues : je ne vois nulle part l’action des loix, je vois celle d’un ouragan dévasteur.

« La loi commande de nouvelles formes pour la discipline ecclésiastique, mais elle ne commande pas la fureur de la sédition dans les églises ; elle ne commande pas à des hommes féroces de menacer leurs pasteurs de la potence, de les arracher de l’autel s’ils ne prêtent pas le serment. Ainsi tel homme honnête qui, dans là paix et la liberté de sa conscience même, crut pouvoir se soumettre à la loi nouvelle.