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XIII

Lemonnier prononça, dans la séance du 25 décembre 1790, aux Jacobins, présidés par Miral)eau l’aîné, un discours dans lequel il appréciait ainsi, au début, le nouveau club :

« Vous savez, Messieurs, que l’aristocratie, désespérée d’avoir vu tous ses complots découverts, toutes ses sombres manœuvres mises au jour, a cru avoir inventé un moyen infaillible pour anéantir tout ce que nos législateurs ont fait pour la stabilité de l’empire français : c’est l’établissement d’un club sous le nom de Constitution monarchique. Plaisante dénomination ! Comme si tous les clubs patriotiques, en particulier celui des Amis de la constitution, n’avaient pas le but de fonder une constitution vraiment et essentiellement monarchique, mais une monarchie légale, une monarchie qui aura pour base les lois et pour objet le salut de la nation, « Ce n’est point pour ridiculiser cette folle institution que j’ai eu l’honneur de vous demander la parole, mais pour vous dénoncer les premières opérations de cette assemblée vraiment inconstitutionnelle : elle a conçu le plan de mettre le trouble dans cette capitale, et par la suite dans le royaume entier. Voici le sûr moyen que ces hommes fallacieux ont cru devoir employer. Ils ont nommé quarante-huit commissaires pour se répandre dans les quarante-huit quartiers de Paris ; c’est le cheval de bois qui vomit les guerriers grecs pour renverser les murs de Troie. Vous verrez que les Grecs se sont répandus dans la capitale, et si cette capitale n’a que d’imbéciles Troyens pour défendre ses murs... »

Lemonnier ajouta que Cormier, un des commissaires, s’était présenté à la section de la place Vendôme, et que d’auti’cs s’étaient présentés dans d’autres sections ; que Cormier, muni d’une carte signée Clermont-Tonnerre (1), avait fait l’offre de distribuer par semaine detix cents livres de pain aux pauvres de la section, à un sou la livre ; que, heureusement, M. Leclerc, ancien commissaire des guerres et chevalier de Saint-Louis, avait riposté : « Puisque vous voulez obliger les pauvres, donnez en argent à chaque section qui, avec notre surveillance, si vous l’exigez, distribuera le pain à ceux que la section connaîtra en avoir le plus de besoin. » A quoi l’émis- [1]

  1. (1) Carte plus grande qu’une carte ordinaire, ayant au nnlicu h ; nom du roi, et à côté de ce nom une balance, en haut une guirlande avec le titre du club.