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mon lit ?…

Elle ne répondit pas, et cacha sa figure entre mes nichons. Oui, je me branlais à l’intention de mon mari… Tu es venue m’achever… Et maintenant que nous nous connaissons, nous ferons des horreurs… nous dirons des cochonneries, nous en ferons de toutes sortes… Aimes-tu dire des cochonneries ?…

— Pas trop…

— Tu aimes mieux en faire !… Eh bien ! moi j’aime tout : faire et dire…

Je m’excitais sans savoir pourquoi : je criais et me démenais par la chambre. Thérèse me regardait, toute surprise.

— Mais, dit-elle, on peut s’amuser sans…

— Ah ! s’amuser ! m’écriai-je en m’animant de plus en plus… alors, ce n’est que pour vous amuser que vous êtes venue me branler ?…

— Cécile, ma chérie, calme-toi…

— C’est pour t’amuser seulement que tu as couché avec moi, que nous nous sommes léchées, sucées, que mes yeux sont entrés dans les tiens… pour t’amuser, garce !…

Je marchais à grands pas autour de la chambre, je riais, d’un rire saccadé… J’étais grise, tout bonnement, des vins que j’avais bus au dîner, et aussi d’émotion sensuelle. Thérèse s’en aperçut, et me dit en me prenant doucement par la taille : « Viens te coucher, ma chérie. »

Je la repoussai assez violemment et me plantai devant elle, en m’écriant : « Je t’aime, vois-tu… je t’aime maintenant, Thérèse, plus que tout au monde, plus que mes parents, plus même (qu’il ne pardonne !) que mon Léo que j’adore pourtant… Avec toi, c’est un autre genre d’amour plus aigu, plus intense, plus violent, qui me tient au cœur… Oh ! que je t’aime !… que je t’aime !… »

Et je tombai aux pieds de Thérèse stupéfaite, en fondant en larmes. Sans rien répondre, elle me laissa pleurer

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