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dant la traversée que, lorsque nous débarquerons à Marseille, Flora se trouvera fiancée sans s’en douter.

— Mais dites moi, chère amie, instruirez-vous votre père de ce qui s’est passé entre Flora et moi ?

— Ce n’est pas mon affaire ; elle aura peut-être la loyauté de lui déclarer qu’elle n’est plus intacte, mais vous pouvez être certain qu’elle ne vous compromettra pas. Au surplus, je crois bien qu’il se doute de ce qui existe entre elle et moi. Il m’a lancé plusieurs fois des allusions… Il y a quelques mois, notamment, il m’a dit un jour : « Ne pensez-vous pas à vous marier, Dora ?… N’avez-vous remarqué personne, parmi tous ces gentlemen qui vous font la cour ? Car enfin nos amies (c’étaient alors Kate et Flora) ne pourront pas toujours vous suffire ». Et je me souviens à présent qu’il a ajouté : « Elles sont du reste charmantes, ces deux jeunes filles ; je trouve surtout Flora tout à fait ravissante comme beauté et comme caractère, et si j’avais seulement dix ans de moins… » Eh bien, interrompis-je, vous l’épouseriez ? Il ne répondit rien et la conversation en resta là. Mais ce propos m’est revenu.

Voilà mes confidences achevées, me dit Dora en s’asseyant sur mes genoux et me prenant par le cou.

Amella entra à ce moment et se mit à rire en voyant la position de Dora qui, ayant passé la main sous mon veston, me caressait la poitrine.

— Ça te fait rire, polissonne, de voir que je caresse mon amant. M. Léo est mon amant, tu le sais bien, et tu sais aussi combien je l’aime. Je veux que tu l’aimes et que tu le respectes comme ton maître ; lui aussi t’aime bien, tu as vu comme il te caressait…

La petite se mit à genoux devant moi et joignit ses mains en les portant à son front, ce qui est, chez les Indiens, le signe de l’adoration ; puis, avant que j’eusse pu m’en défendre, elle se courba, prit mon pied et le mit sur sa tête,

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