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chères amies, pour lesquelles je n’ai pas de secrets. Vous me prenez pour une jeune fille vicieuse, capricieuse, pensant plus à son plaisir qu’à celui des autres et incapable d’inspirer un sentiment sérieux que d’en éprouver un elle-même…

(Ici, je voulus protester.)

— Non, cher ami, écoutez-moi jusqu’au bout. Je suis tout cela ; je le suis pour tout le monde, excepté pour Flora qui, seule, me connaît bien… Mais je suis aussi autre chose. Il y a en moi, à côté de ces défauts et de ces vices, quelques qualités que je veux vous révéler, à vous seul. Il y a en moi une vraie femme bonne quand elle le veut, aimante, douce, dévouée, tendre, et qui saurait au besoin se sacrificier ; passionnée pour les plaisirs sensuels, mais capable de sentiments plus purs et plus élevés : une jeune fille digne de votre affection, malgré ses écarts, et c’est cette femme que je veux vous donner aujourd’hui.

Je vous aime, et vous êtes un esprit trop supérieur pour que je rougisse de vous l’avouer. Je vous aime, mon ami, comme Flora, car elle vous aime aussi, plus que tout au monde. Pourquoi ? comment ? je n’en sais rien… Mais d’un amour que je ne soupçonnais pas et dont jamais je ne me serais crue capable. Je ne vous demande pas de m’aimer de pareille façon ; je sais que vous ne le pouvez pas, que votre cœur est à votre Cécile, et pour rien au monde je ne voudrais le lui enlever. Je vous aime et vous veux tel que vous êtes. Voulez-vous, Léo ?… (Et elle pencha sa tête sur mon épaule en me regardant tendrement). Voulez-vous que, pour un jour, je sois « votre Dora ?… »

Je ne sais plus au juste quels mots je balbutiai : mais, voyant mon émotion sincère. Dora me saisit vivement le bras, m’entraîna dans la cabine au fond du salon me disant : « Viens !… »

Notre étreinte fut silencieuse et prolongée. De temps en temps Dora, n’ayant plus l’expression ardente et passionnée

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