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LE FIGARO — SAMEDI 4 JUIN 1921 ïie l’empêchât de recevoir le volume complet : j : Marine Terrace, 10 novembre 1853. • Comment vous remercier» Monsieur ? En stbusant, que voulez-vous ? C’est M. Bonaparte qui vous vaut, je crois, ces lettres et aussi cette lettre. Ajoutez ce grief aux autres. Voici notre hiver commencé. Un brouillard gris est sur la mer. Je regarde lès voiles qui passent à l’horizon et je songe âux choses charmantes que vous me dites. ’Ce sont les oiseaux de l’eau ; je leur souris comme Pétrarque aux colombes ; Pétrarque disait : Parlez de moi à ma maîtresse. Je leur dis : Parlez de moi à ma patrie. Excusez cette forme sauvage. Je fais de ma lettre l’enveloppe pour que le paquet ne soit pas trop gros. Est-ce que vous voulez toujours bien transmettre cette lettre à Paris ? , * Je vous envoie* cette Chanson enebre iiiédité, extraite dp volume maintenant ain ? minent, Cela sera intitulé «c Châtiments,.’ h Marrdp Terrace, J 2 janvier. Je voudrais bien, Monsieur, trouver ië moyen de vous envoyer le volume entier. Ne ‘le pouvant, je vous l’adresse page à page. Notre amie m’écrit qu’elle vous a transmis V Expiation ;.. Bientôt, Victor Hugo apprenait à apprécier le talent du jeune homme qui s’ingéniait à lui rendre service, et qui savait presque tous ses vers par cœur : une affection tendre et fidèle unit le poète de la Légende des siècles au poète de Salammbô... - • . w UNE CORRESPONDANCE DE RENAN . C’était un autre poète que Renan ; on sait do quelles couleurs prestigieuses, chaque fois qu’il l’évoquait, son imagination revêtait le passé. Il n’avait pas conservé do souvenir plus enchanteur que celui des jours qu’il vécut en Syrie, à Ghazir, lorsqu’on 1800 et 1861, il fut envoyé par l’Empereur en Phénicie pour y remplir une mission archéologique. Seule, su sœur Henriette l’avait accompagné dans ce pénible voyage : à ses côtés, pendant J i chaude saison de la Vic.de Jési „„ Mfir . trop .me,’ évanoûlèi ! jtféhiissaU-il plus tard plaquette consacrée a lu ipcmoiré. uç sa sœur... Oh ! puisse l’éiernilé vouâ ressembler ! » A distance, ces jours lui apparaissaient comme une anticipation du Paradis. Ils lurent pleins, cependant, de soucis, d’inquiétudes, de luttes épuisantes : on les peut reconstituer dans leur détail paradoxal, grâce à une série de lettres inédites dont M. André Le Breton entreprend la publication dans la Revue des Deux Mondes. Renan les écrivit au docteur Guillardot qui, installé depuis longtemps en Syrie, était devenu officiellement son auxiliaire le plus actif en même temps qu’il sc liait avec lui d’une durable amitié... Lettres précieuses : clics dormaient au Caire, chez le fils du docteur, et M. André Le Breton conte comment il en eut connaissance. Il venait de visiter au Caire le « Musée Bonaparte » qui réunit les souvenirs de l’occupation française de l’Egypte, lorsce pieux reliquaire, le retint un instant : ’« Attendez, vous n’nvcz pas vu le meillc u if» Viie présenta nt’ VyJftUSv lieuse liasse dc.papjers, d,ans uni ; gaine q« } cuir ouvragé : « Voici des lettres inédites do Renan a mon père, le docteur Gaillar- (lot... » Il va sans dire que dès lors Bonaparte fut oublié. Nous ne parlâmes plus que de ces lettres. Il y en a cent seize, sur mince papier bleu ou blanc du format iu-8", en parfait état de conservation. Les premières sont datées de 1860 et la dernière de 1882. L’écriture, d’abord serrée et toute petite, sc fait peu à peu plus lâche, et plus grosse, toujours lisible du reste, quoique toujours hâtive. Les lettres sont aujourd’hui aux, mains d’un bibliophile américain, M. Gabriel Wells, qui autorise M. Le Breton à les publier. Mais celui-ci n’a pu en donner le texte intégral : Il a fallu déblayer un peu. Ce n’en est pas moins uu précieux : document qu’une correspondance qui s’cspucc sur vingt-deux minées de la vie de Renan, et qui en comprend la période capitule, celle dus grundes œuvres. « Mais surtout, il me semble, on aura plaisir â le surprendrai, mieux peut-être quc^uullc part ailleurs, « dans son privé a, comme eut -dit Saint-Simon, au milieu de ses enfants sur lesquels il veillait avec tant de tendresse, de scs amis qu’il n’était jamais las.de servir.’ Renan,, en. effet, aurait voulu emmener avec lui en Orient sa femme et son jeune fils ; de Paris, en préparant son voyage, il. demandait au docteur Gaillardot mille renseignements pour rassurer son inquiétude : Quel genre d’établissement faut-il prendre à Beyrouth ? Faut-il louer une maison, ou demeurer à l’hôtel ? J’incline fort pour le, premier parti ; mais serait-il possible et commode ? En tout cas, il faut que la mission ait un quartier général, où seront nos livres (j’en emporte beaucoup), nos estampages, les objets que nous croirons devoir faire enlever, etc. La seule objection que vous élevez dans votre lettre contre un séjour à Solda, c’est que le lieu serait fort solitaire ’æt -dénué d’Européens. Cela ne nous arrêterait pas ’beaucoup ; car ce n’est pas de la société que nous allons précisément chercher en Orient. Mais pourrais-je y établir commodément mes dames et mon enfiint ? La sûreté y serait-elle entière et les approvisionnements faciles ? Notre quartier Ë énéral y serait-il commodément placé ? •ites-moi ce que vous pensez de tout cela. Dites -moi aussi, pour mes dames, si nous trouverons des facilités pour des domestiques, ou s’il vaut mieux amener une servante d’ici. Sans rechercher le sybaritisme, je veux épargner aux personnes qui m’accompagneront tout embarras un peu sérieux et un genre de vie trop différent de celui auquel elles sont habituées. Le docteur lui conseilla de laisser en France une femme et un enfant trop fragiles. Seule, Henriette Renan partit, obscurément heureuse d’une solution qui la rendrait, pour quelques mois, maîtresse de diriger à nouveau l’àine et la vie de son frère. Hélas ! elle ne devait pas revenir ! Au mois d’août 1801, pendant qu’Ernest, à Ghazir, travaillait dans le ravissement, elle sentait déjà l’approche sourde de la maladie : une des lettres en témoigne : C’est un billet au crayon, d’une écriture galopante, sur une mince feuille blanche qui a été repliée et fermée à l’aide de deux jains à cacheter. Point d’indication de ieu ni de date, v sîuif celle-ci, en bas du bil- 1 et : jeudi mat i h. üailiardbt a ajouté ; septembre im^ ,A « Mon. cher ami, „ ,

  • Ma sœur est reprise très vivement de

ses douleurs- névralgiques. Envoyez-nous encore du baume opodddocb, qui lui faisait du bien. Elle souffre horriblement. Le courrier attendra votre réponse. » Tout à vous. » Il est tragique d’aspect, ce petit billet, tant l’angoisse y est visiblement empreinte. A lu vérité, la date en est incertaine et je le crois mal classé, quoiqu’il ne pût l’être mieux au point de vue de l’effet dramatique. Il doit être de la fin de juillet... Le 24 septembre 1861, Henriette expirait, tandis que Renan gisait sans connaissance, terrassé par la même fièvre pernicieuse, dans la petite maison rustique d’Amschit, ou le docteur Gaillardot accourait juste à temps pour le sauver. .. Ainsi s’achevait par le plus tragique dénouement, cette « mission de Phénicie » dont, néanmoins, l’écrivain devait conserver le plus radieux souvenir ; pour sa sœur Henriette, on sait comme, après avoir embaume sa mémoire dans tous les aromates de sa poésie, il l’a pieusement roulée, elle aussi, « dans le linceul de pourpre où dorment les dieux morts... » » A vik’U» { VKSQVISSB

! 1 , P’.WE G9A$QE IMAGE 

Ce- linceul, -dont la traîne sc déroule si magnifiquement aux degrés mélodieux d’un vers alexandrin, et qui drape dans sa lueur somptueuse et mélancolique toute la Prière sur l’Acropole, de quelles soies Renan l’a-t-il tissé ? Celte belle image lui appartient sans conteste ; cependant ; d’autres ne l’avaient-ils pas, avant lui, entrevue ? et à leur esquisse né devrait-il pas son dessin ?... Dans la Revue d’Histoirc Littéraire, M. Henri Tronchon, « sourcier »> circons-K cct et respectueux, jiosc celle question ien intéressante, au cours d’un essai où il éclaire d’un commentaire savant plusieurs lignes de la fameuse Prière. Renan, certainement, avait lu les œuvres de Quinet que, d’abord, il n’aimait guère, mais duquel il s’était rapproché après Avoir publié lu Vie de Jésus : Or, Quinet avait écrit, en 1830. dans Allemagne et Italie (un titre qui devait solliciter l’attention de Renan), à propos de Henri Heine rêvant au bord de sa nier septe^trionale ; c’tf’est le seul endroit uu son ironie prenne quelque chose des lieux. Elle devient,- comme eux, ample .et colossale ; des nuages de la Baltique, il fait un linceul J our rouler cl berner les dieux vivants et •s dieux morts, le présent et le passé. » Transmise de Quinet à Renan, l’image se serait dégagée de la double àntithèse qui l’enserrait, et enrichie d’une touche de couleur sobre, mais somptueuse.

Au reste, une autre Suggestion a pu !

venir à Renan d’un poète : Parue en 1841, la Psyché de V. de Laprade évoquait à son tour, non sans quel- ’ que gaucherie, l’ensevelissement des dieu£ : D’encens el de nalram remplissant (a dieux morts. De bandeaux embaumés j’enveloppe leurs corps. Laprade affaiblit Quinet ; ces bandeaux ne valent pas son linceul... L’auraient-ils rappelé à Renan ? Lorsqu’il égrenait, dans son cabinet de travail de Sèvres ou de Paris, ses heures lumineuses de PAcropole, n’a-t-il pu retenir encôrc telle note de I7/or/norfiâs de Laprade ? Ce drame récent offrait à hi (ïrècè ! L’obscur tribut d’un Celte épris de sa beauté ,. " I Un peu comme Renan, quelques années plus tard, dans la Revue des Deux Mondes, Laprade chantait la douce tristesse des ciels d’Armor : -El je marche aux lueurs d’un avare soleil. « On y connaît à peinp le soleil », dira le Celte né, de parents barbares, chez les Cimmériens bons et vertueux... Faut-il s’étonner, remarque justement M. Henri Tronchon,- que « tel ou tel accent isolé d’un poète ou d’un philosophe soit venu s’insérer dans ce poème en prose qu’est .1 q J ?rière sur V Acropole » ? Ce poèmç, -fin.icffèt,. est une méditation ; Renan y condense en une litanie d’images évocatrices, toute une philosophie de la pensée et de l’histoire ; pour composer cette vaste symphonie il a fait appel à une masse de souvenirs et d’impressions endormis en son âme, et qui, confusément, se sont mis à vibrer ; mais c’est bien lui qui a trouvé les notes dominatrices ; il ne doit qu’à lui seul les secrets de sa mystérieuse harmonie. . I f 4 , , . . IL 1 U .

Uoe hirondelle ne fait pas le printemps , l’f 1 , * D’un délicieux proverbe de Gérard d’ II ou ville, paru dans la ReVuc des Deux Mondes, cl gui « cousine *’ il gracieusement avec 11 ne faut jurer de rien et Le Carrosse du Saint-Sacrement, nous extrayons la scène suivante si doucement et si profondément émouvante. L’action, ou plutôt ta fantaisie, se passe en 1840. M. Alphonse Hugal est un poète célèbre el sexagénaire. U vit avec une vieille compagne modeste et dévouée. Elise. Mais une irrésistible, petite créole, Paquita, vient d’arriver à Paris et tourne la tête au pauvre Hugal gui, jadis, aitx Iles, a connu et adoré sa mère. La bonne Elise s’en aperçoit et son entretien avec son vieil ami eti le plus touchant du monde. DEUXIEME TABLEAU ‘ •“ ‘ ÉLISE, HUGAL. De nouveau le jardin du Luxemoourg. Sur un banc, à I ombre plus feuillue et plus verte des arbres, sont assis Elise et Uuqal. • - ■■ ■ ÉLISE. Je suis bien aise de te rencontrer ici. Je pourrai enfin te parler. Voilà tant de joui"- que nous ne sommes jamais seuls, ou que tu rentres quand je dors, ou que lu es enfermé avec ton travail, et au repas, la femme de chambre tourne et reitournet ^L **•» s <• .— «« ..uyr»

jiuqal, aflaccVoudo’

Un reproche ? * élise. ’ Oh ! non ! Tu sais bien (lue, même à l’âge où j’aurais eu quelque droit de t’importuner, je n’en ai jamais profile. hugal, très froid. Je te rends justice. élise. Cher Alphonse, ce sont des choses sérieuses que je veux te dire. Je t’observe depuis quelques semaines, très attentivement. • : •’ " ’ hugal, amen ’• Bmoy. Tu m’espionnes ? tu m’épies ?’ •’ ÉLISE. Je ne me le suis jamais permis. Tu as beaucoup change depuis l’arrivée de Mlle Florès et lu n’es plus le même homme. HUGAL. Si tu pouvais dire vrai ! élise, avec une naïve adulation. Tu as toujours clé jeune ! si jeune ! mais* lu as encore rajeuni. Une sorte d’ivresse nage dans tes regards et tu ne peux lu, cacher. Je retrouve sur tes, traits des ex-, pressions, des couleurs, ’dés . ’égarements que tu avais, il y a bien bien longtemps ; et aussi des tristesses. L’autre nuit,* à travers là cloison, je t’ai entendu sangloter... HUGAL. Je te sais* gré de m’avoir laissé pleurer en paix. élise, avec une tendre bonté. . Te souviens-tu de nos conventions lointaines, mon cher Alphonse ? hugal, excédé. Je m’en souviens.

! JU, : . f 1 ÉLISE. 

Eh bien ! moi, je crois, au contrée, que tu les as oubliées ; hugal, sec . Comment cela ? - - ’ •’ •’ élise. Je te l’expliquerai tout à l’heure. J’ai longtemps hésité a te parler de ce sujet. Gela me paraissait presque indiscret, presque inconvenant ; mais l’autre matin, en rangeant ta chambre, j’ai trouvé le brouillbn de ces vers. ( Elle lui tend un papier .) F î>- ’ * hugal, le Usant à mi-voix. ’Je pense ‘à ce vieux mythe où vivent tonies choses... -El je voudrais me voir ardemment triomphant ‘Jén un petit enfer dont les flamma îonl roies ; t el Ptulon rajeuni par Proserpinc enfant. * ( Plus bas et déblagant...) Je peme au vieux Booz doçl Rulh devint la femme f A David, qu’Abizag charmait, à Salomon... Je pense au docteur Faust qui dut vendre son âme... Il prononce ce dernier vers avec lenteur. Un silence. Il fait une boulette du papier et la lance au loin • hugal, haussant les épaules. Ce sont de mauvaises csauisses que j’ai jetées. Cela ne veut rien dire et n’a aucun intérêt... Pourquoi ramasses-tu cela ? élise, gui a encore ramassé la boulette, et est venue de nouveau s’asseoir sur le banc. Tout ce que tu écris a pour moi un prix inestimable. J’ai toujours soigneusement ramassé et classé tes moindres bouts de f apier, et quelquefois, plus tard, tu en as té content. ( Elle lui tend un autre feuillet. ) hugal, commençant à lire d’une voix banale, et assourdie, puis oubliant peu à peu la présence d’Elise el le lieu oit il se trouve, et s’animant et d’une voix de plus en plus déchirante t Citant pour lui seul. Volupté I Volupté si longtemps itouf/con > ’•' < > V*ùs voulez dena renai trei carorc dt l’amour ? t)ans une fable inverse où e’est, 6 vieil Orphée, Eurydice en riont qui me remonte au jour t . Mes y eux sont éblouis par la clarté première, A mes accents, aux cris de mon rythme, à ma voix, Ailés ou bondissants, voici dans la lumière Les rêves accourir... et le ciel... et les bois... Ressuscitant parmi tant de formes offertes. Je crois être ce dieu qui sort de son tombeau, Et. pareil à l’Amour, armé de flèches vertes. Courbe en un arc léger le plus jeune rameau. Mais, hélas ! suis-je jeune auprès de toi. fleur pure, Dont la racine même ignore encor le Siyx ? Et la source limpide où sourit ta nature, OuVrc-t-elIc son onde aux soifs ■ du vieux phénix ? Car. ayant été cendre, on reste un peu funèbre j A quoi bon retrouver le plumage du feu ? Celui-là qui connut les trois Rois des ténèbres, jamais plus, d’un regard, n’absorbe le ciel bleu I Las paroles d’ozur ne sont plus sur ma bouche Qu’un chant crépusculaire et de regret empreint i En vain mon être vibra i ta main qui le touche : Le fil court de la Parque est ma bride et mon frein. Pourtant... Pourtant... Partir vers Vile tropicale, /.’île qui m’a rendu mon désir et tes yeux l Et là. pouvoir mourir d’une mort sans rivale . $ur ton cœur, ô jeunesse I el (on aein radieux l -i Aux derniers mots, la voix d’ Ilugal trcmhl &un peu, U laisse tomber tc jcuillet : sa

poix se brise, et deux, grosses .{gj-yies coulent

sur ses joues.

  • , élise, avec respect.

Cher et pauvre ami ! HUGAL. Pourquoi te montirai-jo ? Et le hasard ironique veut que ce mauvais poème, écrit pour une autre et que je ne lui montrerai jamais (clic ne le comprendrait pas), ce poème, que je croyais avoir déchiré, il • faut que je te le lise à toi, ù toi seule. Il veut déchirer la page ; elle l’en empêche et s’empare du feuillet. élise. , . Tu es Jeune, Alphouse... Ne me regarde pas, tu te croirais plus vieux. Tu es jeune, par ton rayonnement, ta séduction, ta santé. Sois libre-.. Sois heureux. HUGAL. • • Que me dis-tu ? / élise. Nous avions convenu jadis, dans nos premiers temps, que, l’heure venue, si nous devions nous séparer, nous nous en avertirions avec franchise. Tu me l’aurais rappelé un peu plus tard. Cela me cause moins de- peine de te le dire moi-même, dés à présent. hugal, ... Comme tu envisages cet événement avec sagesse ! . ÉLISE. Parce que je t’ai toujours aimé plus que moi-même. 4 . . «  hugal, reconnaissant. .C’est vrai ; ton dévouement, ta bonté, ont toujours empêché ta jalousie. .élise.,,-De qui donc pouvais-je être jalouse ? Je gardais le privilège sans pareil de vivre sous ton toit, de ne pas te quitter, de veiller sur ton bien-être et sur ta maison, de flatter tes gourmandises, de t’admirer, de me réchauffer de ta présence, de te soigner dans tes maladies. Celles qui passaient dans ta vie pour ton plaisir ou leur vanité, r— nomme-les : passion, amour, désir. .. comme tu voudras, — elles n’ont jamais eu ce bonheur, qui fut le mien dans l’humilitc quotidienne. b ir * ’• »b h>'f ’ • HUGAL. : Bonne Elise ! élise. Pour certaines femmes, vois-t.u ! et je suis de celles-là... l’amour, ce ne sont pas seulement les caresses, les tendresses, c’est la maison, ce royaume étroit, que la femme peut faire si chaud, si bon. Vois-tu, la réalité est nécessaire auprès de l’intelligence et du talent. Parer ta chambre, ranger ton bureau et tes armoires, mettre des sachets dans ton linge, choisir tes fruits, tes fleurs, ordonner tes repas..* pour moi, c’était cela la poésie. HUGAL. Tu ne m’as jamais parlé avec tant de confiance. ÉLISE. J’ai d’abord souhaité des enfants ; tu m’aurais épousée ; ils nous auraient unis s c tin fait bien ce qu’il fait : mon enfant, ce fut toi. Tu es un grand enfant, Alphonse. HUGAL. Je te crois.. . . ÉLISE. Je l’ai bien ennuyé souvent par timidité, par gaucherie. C’est que je n’ai pas d’intelligence. HUGAL. Tu as celle du cœur. Je m’en aperçois. i ÉLISE. Je ne me sui$ jamais sentie^ digne de/ toi et cela m’empêchait de t’exprimer mes) sentiments ou mes pensées. Cç^qui m’enhardit aujourd’hui,, ç’est que nous allons nous séparer. ( Geste de Hugal.) , ÉLISE.. Oh ! pas pour tout à fait... Tu viendras me voir, je le sais, comme je sais que tu veilleras toujours sur moi de loin ou de près. Je connais ton cœur. Mais enfin nous lie vivrons plus ensemble-.. Si Mlle Florès était une jeune femme ou même une jeune fille dans une autre situation, je ne te parlerais pas ainsi..., Elle te plairait. .. tu la prendrais... tu me resterais... Elle passerait comme les autres. hugal. . . Les autres ? ^ ÉLISE. Oh ! Je ne leur en voulais pas-... Tiens ! J’étais plus jalouse de ceUc Cléopâtre de Shakespeare de laquelle tu parlais avec tant d’ivresse que de toutes les vivantes. Toutes tes amours pour moi, c’étaient des songes. HUGAL, rêveur , Des songes. ÉLISE. Mais cette fois-ci, cela est réel. C’est proche ! c’est là. Tu vas épouser Paquita Florès ; je t’ai jadis consolé d’avoir perdu la première Paquita ; je ne veux pas, en t’empêchant d’epouser lu seconde, te roudre inconsolable. hugal. -• . «ô.. / cj i«. Jijjoil trop tard. ’ • - AWBà- * - -à Il n’est jamais trop tard. * HUGAL. Ce sera ridicule. ÉLISE. Ce n’est jamais ridicule d’aimer et d’être aimé. HUGAL. Elle croit m’aimer : à son âge, on n’est sûr d’aucun sentiment, ni même de soi. ÉLISE. Et toi ? HUGAL. Je crois l’aimer... N’cst-elle pas l’imago de ma jeunesse ? en elle, je n’aime peut-être que cette image ressuscitée. élise, soupirant. Réfléchis. Etudie-la. Mais sache et sens 3 uc tu es aussi libre que tu l’étais avant c m’avoir associée à ta vie. HUGAL. Je te reste infiniment reconnaissant des paroles que tu m’as dites. ÉLISE. Il vaut toujours mieux être sincère. Excuse mon indiscrétion. (Elle sc lève.) Gérard d’Houville. LES LIVRES DE DEMAIN La Vie amoureuse de la Grande Mademoiselle • • ••• ^ ^ 4 . M. le duc de La Force, de l’Académie française, va publier dans la jolie collection c Leurs Amours », chez Flammarion, un récit de la vie amoureuse de la Grande Mademoiselle, oà l’éminent historien a utilisé de curieux documents, découverts par lui, gui éclairent d’un jour nouveau le roman tumulleux qui a etc la vie de cette haute figure de femme. La paix du Royaume sc rétablit. La Roi rentra dans sa capitale le 21 octobre 1652. Avant de revenir, il écrivit à Mademoiselle que, « s’eii allant à Paris, et n’aÿant point d’autre logèfnent à* donner » au duc d’Anjou, « son frère, que les Tuileries, il la priait d’en déloger » le lendemain. Mademoiselle pria son père de la recevoir au Luxembourg ; Sur son refus, elle gagna Pont-sur-Seine, résidence de Mme de Bouthillier, mais Monsieur, qui s’était réfugié lui-même au château de Blois, lui enjoignit de se retirer dans une de scs terres, et elle choisit Saint-Fargeau. Elle ne devait pas y être si perdue que les envoyés des princes de l’Europe n’eussent vite trouvé le chemin de sa retraite. Il était deux heures du matin : le carressc de Mademoiselle cheminait dans une région sauvage, au milieu des bois, sur la pente d’une colline au pied de laqticllo coulait le Loing. Tout ù coup, la voiture s’arrêta. On était à Saint-Fargeau, et Mademoiselle put deviner à la lueur des lanternes et des torches la masse noire d’un château fort et nu, dont les corps de logis et les lourdes tours, défendus par des fossés larges et profonds, gardaient, malgré les grandes fenêtres et les transformations du quinzième siècle, l’asjjcct rébarbatif des forteresses du dixième. « Il fallut mettre pied ù terre, raconte Mademoiselle, le pont étant rompu. J’entrai dans une vieille maison où il n’y avait ni portes ni fenêtres et de l’herbe jusqu’aux genoux dnpsjn cour. : j’en eus une grande horreur. L’on Tiic nïèn ;f (TàYls une vilaine ehambrc‘*où’ , ’il n y’ avait W’pôtcau vu milieu. La peur, Fhorreur et le chagrin me saisirent à tel point que je ‘ino -mis’ a ‘plmrer : je me trouvai bien malheureuse, étant hors de la .Cour, de n’avoir pas une plus belle demeure que cdlc-là et. de., songer que c’ctail . Je., beau de louâ mes châteaux. » (Pourquoi avait-elle tiré le canon de la Bastille ?) Un matin que Mademoiselle était dans son galetas de Saint-Fargeau, la comtesse de Ficsque parut dans l’embrasure do la porte « avec une mine fine et gaie ; elle dit mystérieusement : .« Le Père Jésuite est ici ; Son Altesse Royale lui a permis d’y venir. » Mademoiselle savait très bien qui était ce Jésuite. C’était le Père Jean-François, envoyé par le duc de Ncubourg afin de demander Mademoiselle en mariàge. Monsieur lui avait parlé de cette demande, en présence de Madame, un jour qu’elle était allée le voir à Orléans. Mademoiselle lui avait répondu c qu’il se moquait d’elle, ou qu’il avait oublié ce qu’il était depuis qu’il n’était plus à la Cour, de la vouloir marier à un petit souverain ./Allemagne ». — c Ils ont ci. des filles /Autriche et de Lorraine ». hasardait Madame. — Les autres se mariaient, comme elles voulaient », répliquait xMademoiselle. A Saint-Fargeau, ce matin-là, Mme Ce Fiesquc plaidait pour le principiculc : « Je vous assure que, quoique vous en riiçz, le duc de Ncubourg est un fort bon P rti ; c’càt un prince de la maison de Bavière vquf n’a que trente ans, ‘bien fait/ de l’esprit, du mérite et de -’.V v Etats. Dusseldorf, sa ville capitale, est fort belle, bien située ; son palais fort beau, guère éloigné d’ici. C’est un prince qui peut bien être Empereur. En l’état où vous êtes ù la Cour, peu de gens vous rechercheront, et lui vous veut avec tous les empressements imaginables. » Mais Mademoiselle ne se laissait pas convaincre, —r Je ne trouve point le duc de Ncubourg un parti sortablc en façon du inonde pour moi : il n’y a jamais eu de fille de France mariée à de petits souverains. j> Mademoiselle n’était S is seule de son avis dans le Royaume. me de Mottcvillc disait que « nos Rois sont issus de la plus grande race du monde, el que, devant eux. les Césars et lu plus grande partie des princes qui jadis ont commandé tant de nations, ne sont que des roturiers ». Devant l’ancienneté èt la gloire de la maison de France, l’ancienne*ti et la gloire des maisons étrangères paraissaient peu de chose. Toute la France de Louis XIV pensait comme Mme de Motk ville.et quant ù celle de Louis XV,cllc renchérissait encore sur celle de Louis XIV. Un personnage du Doyen de Killcrinc, roman de l’abbé Prévôt, lu avidement par toute l’Europe, mais qui n’a pas eu de nos jours la fortune dë 1 Manon ’, ^ ôé èi*üignait . o j .Inoblim .ti*» ; v LE CARNET DU : BOUQUINISTE. £ " C . x A . 1 ..f. utniiMirr» imvtî#* ^ In ■ ..’SsaroiSw*’ par Henri de Régnier (1) de l’Académie française Sous ce titre elliptique et ramassé Donc, qui est bien près de conclure, M. Henri de Régnier vient de réunir, en un petit livre délicieux, une série de réflexions et de maximes, de remarques et de traits, d’images, d’impressions et de souvenirs où le moraliste et /le pocte accordent leur mélancolie et se cèdent tour ù tour la parole. Mélange savoureux ou l’ironie sc tempère de délicate sensibilité, où l’esprit et le cœur s’allient sans se confondre et où sc retrouvent l’élegance et la distinction d’un écrivain de haute race. Quelques citations prises au hasard diront mieux que tous les commentaires la piquante malice et la grâce charmante de ce recueil : , . — Elle disait en regardant Mme B... : « Ah ! comme cela m’ennuierait de vieillir avec tant de précaution ! » # — Le rève secret de l’amitie est que nous puissions compter sur nos amis sans qu’ils aient le droit de faire fond sur nous. . . « M. le duc a attendu la mort* coramo sa voiture, quand il l’avait commandée. » (Lé domestique du duc ; de B, r ) /. .i ; a ; — Les femmes • mentent ... .bigu l>Wt’.ç v qu’en mentant elles croiept pççsquc qi l *e la vérité. ,

  • — Quand on s’aime, on se le dit et on

lie se îe prouve pas assez. La perfidie est la forme de méchanceté des délicats. — Que de gens ne sont supportables que dans la mélancolie ! La gaieté les < endimanche ». , . • * . -- Il sc croit tout le talent qu il refuse aux autres. — II a un tel sentiment de la justice que cela ressemble à de l’envie. — Mme D... disait à sa sœur : «Tu devrais mettre du rouge ; tu es si pâle que tu as l’air d’être peinte. » . Mme G... raconte sa réconciliation avec Mme C... et elle termine : « Bref, nous avons échangé le baiser de Judas. » ^1) Simon Kra, éditeur. — îi‘_y a ttas gens qui regardent bien et qui voient mal. — Une des beautés du dialogue de Shakespeare, c’est qu’il dépasse la situation qu’ü exprime— — L’argent donne tout ce qui semble aüx autres le bonheur. M. Henri de Régnier a parsemé ces pages de jolies anecdotes et de à mots » de Mallarmé, de Degas, d’Oscar Wilde, de Yilliers de lTsle-Adaïu. En voici quelques-uns : — Mallarmé disait que. dans le cérémonial de l’enterrement, l’eau bénite jetée par les assistants sur le catafalque est « Je don des larmes mis à la portée de tous. » — Oscar Wilde m’a raconté l’histoire d’un jeune Anglais de ses amis venu de Londres à Paris pour voir Verlaine. A sou arrivée, ii achète un bouquet pour l’offrir au poète. Huit jours sc passent en recherches de cabarets en cafés, le je unc esthète* toujours sou bouquet à la main... Quand ils se rencontrèrent enfin, le bouquet était complètement fané. « Je l’aime mieux comme cela », dît Verlaine ! — Oscar Wilde disait que nous serons jugés par nos rêves.

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avec Anatole France 5r WD*# * * -or : prfr Nicolas Ségar (f) Parmi les familiers d’Anatole France, M. Nicolas Ségur est uu de ceux qai ont pénétre le plus avant dans l’intimité de sa f iensée. Non seulement il a su adroitement aire parler le maître en mettant la conversation sur des sujets dont il aimait à discourir, mais, une fois la causerie achevée, il a eu l’art de la transcrire avec uuc fidélité si respectueuse et un si louable souci de s’effacer complètement devant le grand charmetir, qu’on croit, lorsqu’il le fait parler, entendre la voix même du prodigieux vieillard. M. Nicolas Ségur a déjà fait paraître un volume où sont relatés ces précieux entretiens. Dans ce livre, c’était surtout l’homme et l’écrivain qu’il évoquait. Dans celui qu’il publie aujourd’hui, c’est plutôt (L) Eugène Fasqudlc, éditeur. majeure partie ^recueillis -i pendant la guerré. du Touraine ; ’Le griind cataclysme* avait profondément uffectô le maître- ^Enfermé et comme traqué à la Béciiellcrie, où la solitude et aussi Fa crainte de se singulariser l’avaient obligé à recevoir sans distinction et à admettre tout visiteur, il subissait chaque jour les curieux, les indifférents, les Anglais et les Américains de passage. 11 n’en était que plus heureux de livrer dans * l’intimité le meilleur de scs pensées à celui oui savait les comprendre. C’est ainsi que M. Nicolas Ségur peut nous présenter un Anatole France assez différent de celui qu’il nous avait fait connaître. et chez qui le sceptique qu’il demeure toujours tourne au pessimiste. Il voit l’avenir sous un aspect menaçant) associant, peut-être inconsciemment, -à 1 Î& fan qu’il savait proche, la fin de l’Europe. Profondément attristé par les horreurs de la guerre, il la juge pourtant inhéreutc à la nature humaine et ne croit guère à l’établissement d’une ère de paix que tout interdit : le passe, les traditions, la société, la religion. Il prévoit la fin de l’Europe, ou du moins la fin de l’Europe où nous vivons aujourd’hui, mais après d’effroyables convulsions sociales, un monde nouveau ne pouvant fleurir que sur des ruines. D’autres passages moins moroses sur l’amour, la littérature et la science égayent ce livre curieux uui restera comme un’ des documents les plus précis sur le grand écrivain. ’ y . . , » , . • Uf #V ,4 Cléopâtre la Voluptueuse » par Henry Barthez (1) ’ ' . -Le roman de M. Henry Barthez vaut mieux que le titre aguichant et banal sous lequel il sc présente et dont l’auteur, au surplus, n’est probablement pas le seul responsable. II ne manque même d’originalité ni Haas sa conception, ni dans sa forme. M. Barthez a. eu, en effet, la coquetterie de ne nous raconter que la jeunesse de la future reine d’Egypte, c’cst-à-dire la période la moins connue de sa vie, et il a eu le bon esprit d’arrêter son récit au moment même où : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre ’aurait changée » Son livre, qui témoigne d’une solide connaissance de l’histoire et des mœurs antiques et particulièrement d’une étude (1) Eugène Figuière, éditeur. approfondic .de la u civüisation égyptienne | à l’époque de la conquête romaine, marque, eti outre un effort artistique des plus méritoires : M : ’BnMheff’m : É*ést bas bôrité, en •effet, à dérouler le fi ! ténu d’une intrigue plus ou moins compliquée et à nous attacher comme une horde attardée d’esclaves aux pas de sa captivante héroïne ; il procède par vastes tableaux qui sont de puissantes évocations du passé, et c’est seulement apres avoir brossé ccs larges fresques, ces panoramas hauts eu couleurs qu’il campe au premier plan ses personnages et qu’il les fait agir. Une pareille technique exige une vue d’ensemble difficile à acquérir, et la plus riche imagination, si clic ne s’appuyait pas sur une documentation nombreuse et précise, n’y suffirait pas. Lorsque commence ce récit, environ l’an 53 avant Jésus-Christ, déjà Plolemaios Aulétès (le joueur de flûte), treizième descendant de Ja dynastie des Lagides (n’est-ce pas plutôt le onzième ?) n‘est plus roi d’Egypte que de nom. Ce Grec d’Orient, chasse par scs sujets quelques années auparavant et rétabli sur le trône par Aqlus Gabinius, proconsul de Syrie et agent de Pompée, a, de fait, abdiqué toute autorité aux mains des légats romains Scaurus et Tcxlus. Cruel, lâche et corrompu, il vit dans la débauche au fond de son palais d’Alexandrie et c’est là que, frappé de congestion, il tombe foudroyé au cours d’une orgie, .L’astucieuse Cléopâtre, sa fille aînée, n’a guère que dix-huit ans, mais elle a déjà .njis à profit les savantes leçons d’Jrkou.f, Ile grand prêtre thébain du temple de Rà, qui lui a enseigné la triple écriture nationale, les secrets de la religion, les mystères de la magic, et c’est déjà une politique avisée que dévore l’ambition. Elle n’ignorc plus rien tout de même des choses de l’amour auxquelles l’a initiée Apollodore le Dorien et la mort soudaine de son père ne la prend pas au dépourvu. En même temps qu’elle s’abandonne aux bras de l’impétueux Textus, elle épouse, selon la loi. son frère Ptolerace, âgé de douze ans. Mais le légat est assassiné et des intrigues de palais la forcent à s’éloigner d’Alexandrie. - Dès lors, elle commence de parcourir les étapes de son existence aventureuse et romanesque. Dédaignée de Gnæus, le fils de Pompée, qu’elle a vainement tenté de séduire, elle attend l’issue du duel engagé entre César et Pompée. Battu à Rhanyilc, le rival du conquérant des Gaules sç réfugie sur la terre d’Egypte où il périt poignardé. Bientôt, César lui-même débarque à Alexandrie. II châtie les meurtriers, défait les troupes mercenaires de Ptoleméc qui a pris les armes à l’instigation de ses régents et étouffe la conspiration de Pothcïnos. Mais l’Imperator vainqueur succombe au charme de Cléopâtre et tombe au pouvoir de l’enchanteresse, il la rétablit, sur le trône, lui fait épouser son second frère, âgé seulement de dix ans et parcourt en su compagnie lu haute Egypte. Sa passion, cependant, n’est pas assez forte pout* le faire renoncer à ses rêves de gloire ; il s’arrache des bras de son amante et part pour la province d’Asie. Cléopâtre, abandonnée, mettra bientôt au monde un fils qu’elle lui attribuera délibérément et qu’elle nommera Cesarion. M. Henry Barthez nous transporte alors à Rome où il nous fait assister au retour de César chargé de nouveaux lauriers et à son triomphe éclatant Puis le rcmancier prend, comme c’est son droit, quelques libertés avec l’histoire. Il imagine que Cléopâtre, portant dans scs bras l’enfant qu’elle destine comme héritier au dictateur toutpuissant, s’en vient à Rome retrouver César. Installée par lui dans une somptueuse villa, elle mène la vie élégante dus patriciennes, au grand scandale d’une population qui la hait La forlune du divin Jules est alors à son apogée ; Consul à vie, « Père de la Patrie V, il a repoussé riiôllement le diadème offert par Antoine qï ses. partisans. mais il est l’idole des Romains et son autorité est sans bornes ; Cléopâtre, démon fatal, lui impose sa funeste influence : La conspiration qui s’ourdit contre César ai-Î jise aussi scs poignards contre clic. ’Egvptienue exécrée arme, sans qu’elle s’en doute, le bras des assassins. Au lendemain de la ïnort de César, Cléopâtre, atterrée, éperdue, prend la fuite à travers la campagne, mais, dans ses larges yeux étoilés de points d’or » elle emporte l’image de Marc Antoine, qui l’aime déjà et à qui elle s’est obstinément refusée. .. Jacques Patin. PARMI LES AUTRES LIVRES Romans. — Les moyens du bord, par Tristan Bernard ; Olympe et ses amis, par Francis de Mioinandre ; Une petite fille, par Jqlieltfc Lcrmina-Tlandre ;’L’Ardente ÈscdlCy par Lilla Effgerj Le dernier amour dit* coioucLnLpc, .par Pi.urijftrPaul FoumicrS Les lU^mrs , M* ÜPlh P** 1 ’ Charles Folcy ; U^anihçaux .-^ iuis la Suit, par Henry Dqçqin ; Les .Unanls de Grenade, par Manuel Acosta V Làra, traduit de l’espagnol par Francis de Miomandre ; L’Amour est meilleur, par Jeanne Lôndre ; Marmonne et scs hôtes , par Charles Nicolle ; Archibald, par Pierre Trocmé ; Passage d’une Américaine, par Emmanuel d’Astier ; I.e Cœur, brûlant,. «. légende moyenâgeuse du couvent de Fonkerœd », par Emma Gabrielle de Pourtalès ; Une Résurrection, « histoire étrange », par Albert La Bcauche ; On en prend d’autres..., par Pb. Fauré-Frewiet. Poésie. Poésies de François Maynard, recueil de 1640, et choix de divers autres recueils avec notice et notes, par Ferdinand Gohin ; Au grc des rochers et des vagues, poèmes en prose, par Alcxan ; dre Goichon ; Musique de chambre, par Noël Bureau ; Dix poèmes freudiens, par Emmanuel Acgcrter ; Apres le dessert , « rimes gaillardes », par Charles Marcel. . • - * ». * «  Livres divers. — Les Grands Ecrivain 5 français par Sainte-Beuve ; études des Lundis et des Portraits classés selon un ordre nouveau et annotées par Maurice Allem (dix-septième, siècle : Les Poètes, les Poètes dramatiques, 2 vol J ; Histoire contemporaine par Trois Indépendants : Amirai Degouy, Henry de Noussanne^ Emile de SainUAubnn, tome Tl I : La France des réa : lites (1920-1926) ; Eloge,, de la curiosité, par Emile Iicnrioi ; Souvenirs d’un voyage dans la Tarlarie, le Thibèl et la Chine, par le R. P. Hue, III : Dans la Chine (nouvelle édition publiée et préfacée pai H. d’Ardemie de Tizac, conservateur du Musée Cernuschi) ; L’IIcurc du cocktail, 224 recettes recueillies par Marcel Requiem, présentées par Lucien Farnoux-Raynaud ; Démolisseurs et bâtisseurs, par Georges Le Fèvre ; La Chirologie, par Maryse Choisy ; Le Cardinal Collier et Marie- Antoinette, par M. Munier-Jolain ; « Portrait de la France » : Toulouse, par Tristan Dcrème ; La vie sublime de Galilco-Galilei, oar Jean Bertlieroy ; Paroles sacrées, par l’abbé Stanislas Gainbcr ; La Maternité consciente, « Le rôle des femmes dans l’amélioration de la race », par Manuel Devaldès. 4