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Je ne crois pas que jamais un homme né dans une basse condition se soit élevé à l’empire par l’emploi franc et ouvert de la force ; mais plus d’une fois la seule fourberie a réussi, comme le prouve la manière dont Giovanni Galeazzo parvint à ravir à messer Bernabo, son oncle, la souveraineté de la Lombardie.

Les actions auxquelles les princes sont contraints dans les commencements de leur élévation sont également imposées aux républiques, jusqu’à ce qu’elles soient devenues puissantes et que la force seule leur suffise : comme Rome, en toute occasion, tint des événements ou de son choix les moyens nécessaires à son agrandissement, elle ne manqua pas non plus de celui-là. Dans le commencement, elle ne pouvait présenter à ses voisins un leurre plus puissant que celui dont nous avons parlé plus haut, et qui consistait à s’en faire comme des associés ; nom spécieux sous lequel elle en fit des esclaves, ainsi que le démontrent les Latins et les autres peuples qui l’environnaient. D’abord elle se servit de l’appui de leurs armes pour dompter les peuples voisins et se faire regarder comme chef de la confédération. Après qu’elle les eut tous subjugués, elle s’éleva si haut qu’elle put facilement abattre quiconque aurait tenté de lui résister.

Les Latins ne s’aperçurent enfin qu’ils étaient tout à fait esclaves que lorsqu’ils virent les Samnites, deux fois vaincus, forcés d’en venir à un accord. En même temps qu’elle accrut auprès des princes les plus éloignés la réputation des Romains, dont ils connurent enfin le nom sans en avoir éprouvé les armes, cette victoire fit naître l’envie et la défiance chez tous ceux qui voyaient et qui ressentaient les effets de ces armes redoutables, et de ce nombre se trouvaient les Latins. Les craintes et la jalousie de ces peuples furent si profondes, que non seulement les Latins, mais toutes les colonies que Rome avait fondées dans le Latium, se réunirent aux Campa-